Tête à tête virtuel avec Alexandra Coin et Erik Kwapinski

Alexandra & Erik

Liens vers mes chroniques :

Entraves
La Voie Du Talion
Kiaï

Bonjour à vous deux et merci d’avoir accepté ce tête-à-tête virtuel.

Commençons par le commencement, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer comment vous en êtes venus à l’écriture ?

Bonjour Lord Arsenik et merci de nous avoir laissé un espace d’expression supplémentaire sur ton blog. Pour répondre à cette première question, on n’en est pas vraiment « venus » à l’écriture, dans le sens où l’écriture a toujours fait partie de notre vie, comme la lecture. On ne s’est pas dit non plus un jour : « Tiens, si on écrivait un roman ? » En fait, on a couché certains mots pas écrit parce qu’ils avaient besoin de sortir. Ces petits papiers se sont étoffés jusqu’à devenir un premier roman : Entraves et La Voie du Talion, écrits presque parallèlement.

Alexandra, tu es la première à t’être lancée dans l’aventure littéraire avec Entraves, un roman psychologique particulièrement intense et abordant des thématiques graves ; pas vraiment le chemin d’accès le plus aisé. Pourquoi ce choix ?

L’écriture d’Entraves a été proprement thérapeutique. J’ai écrit ce roman a un tournant de ma vie, une période où j’avais besoin de me libérer d’un poids très lourd, de crier ma colère face au monde et à l’homme, face à de nombreux dysfonctionnements de la société et du cerveau humain aussi. C’est un roman de la libération et de la révolte. J’ai suivi le seul chemin qui s’offrait à moi à ce moment-là. Il est vrai que ce n’était pas le plus aisé. Difficile après Entraves de passer à un autre roman…

Erik a ensuite rejoint l’aventure pour l’écriture de La Voie Du Talion puis de Kiaï ; comment vous organisez-vous pour écrire un roman à quatre mains ?

On ne s’organise pas, les choses se font naturellement. Il n’y a ni règles ni contraintes. Nous écrivons souvent des chapitres séparément et passons beaucoup de temps ensuite à les relire ensemble, à débattre autour d’un mot, d’une idée, perçus différemment par chacun. Quelquefois, nous écrivons à deux un paragraphe. On peut passer une heure à réfléchir sur la manière dont nous interprétons chacun ce paragraphe ou un mot dans le texte. Nous échangeons beaucoup sur notre ressenti de lecteur. Car justement, écrire à deux, c’est être auteur, mais aussi lecteur. Nous avons un autre rapport au texte. Un certain recul. C’est très enrichissant. Surtout du point de vue de la fusion de la pensée en images de l’un vers la pensée littérale de l’autre…

Le choix du thriller, un genre que j’affectionne tout particulièrement, vous est venu naturellement ou a-t-il fait l’objet de longs conciliabules ?

Nous, cela s’est fait naturellement. Le thriller est un genre qui offre encore un large espace de liberté et qui permet surtout de proposer un regard critique sur le monde et l’homme, sans pour autant que cela devienne un essai. Donc accessible au plus grand nombre.

En achevant La Voie Du Talion saviez-vous d’ores et déjà que Fabrice, Taisho et Zoé allaient se retrouver pour une nouvelle aventure ?

Nous avions du mal à quitter ces personnages et à les laisser à leur sort à la fin de La Voie du Talion… Des lecteurs nous ont également demandé une suite. Nous avions commencé à rédiger Kiaï à partir de l’histoire de Marie et de Gabrielle à l’orphelinat. Puis de Wolff. Fabrice et sa bande se sont alors pointés à l’improviste, sans attendre d’invitation !

Vos romans abordent des thématiques d’actualité et pointent du doigt certaines dérives de notre société contemporaine ; d’une façon générale, où puisez-vous votre inspiration ?

Dans le quotidien, en observant le monde et les hommes, en lisant (beaucoup) et sur tous les sujets. Le cinéma est une grande source d’inspiration aussi. Certains nous ont dit que notre écriture est assez cinématographique. Ce n’est certainement pas faux… En réalité, il s’agit moins « d’inspiration » que d’expiration consécutive à l’étouffement de tous ces carcans de normes polymorphiques que cherche à imposer la société du politiquement correct…

Divertir le lecteur tout en l’amenant à se poser des questions (voire à se remettre en question) ; c’est la finalité de votre travail ou un bonus appréciable ?

L’écriture est en effet une forme d’engagement pour nous. C’est est une arme de défense. On ne se verrait pas écrire un « feel-good book » juste pour divertir ou bien choisir des thèmes dans l’air du temps pour « vendre » !

Comment se passe une journée type quand vous décidez d’écrire ? Vous êtes plutôt adeptes d’une ambiance monacale ou au contraire il vous faut du bruit et du mouvement pour vous motiver ?

Nous détestons l’un comme l’autre les règles, la rigidité d’un cadre, les contraintes matérielles. Donc pas de journée type. En revanche, calme absolu pour Erik. Pour Alex, c’est plus variable…

Avez-vous d’autres projets littéraires en commun (ou même individuellement) ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ou est-ce encore trop tôt pour en parler ?

Nous souhaitons aborder le thème de la disparition volontaire. Que des hommes ou des femmes décident un jour de disparaître volontairement pour se reconstruire une vie, abandonnant leurs proches et leur identité, cela nous fascine. Et ça pose de sacrés questions sur les contraintes qui pèsent sur nous au quotidien. La société présente ne nous offre-t-elle pas d’autres possibilités de repartir à zéro que de changer d’identité et tout plaquer ? Un dépôt de bilan imputable à une ponction vitale quotidienne…

En tant que lecteurs, quelles sont vos références (auteurs et romans) ?

Elles sont vraiment trop diversifiées pour en faire un catalogue. Nous lisons beaucoup de thrillers, mais pas exclusivement… Des essais aussi, des articles scientifiques… Plutôt que de citer nos auteurs incontournables, c’est peut-être l’occasion de faire partager notre découverte de la semaine pour des auteurs qui nous étaient inconnus et qui méritent qu’on s’y intéresse : Le chien rouge de Philippe Ségur. Également, de Kenneth Cook, Le vin de la colère divine et Cinq matins de trop.

Comme à l’accoutumée, je vous laisse le mot de la fin.

En ce moment, on aurait envie d’adresser un petit mot aux personnes qui liront ce texte en leur disant de prendre des risques en osant découvrir des auteurs différents, pas forcément sous les projos des médias ou des réseaux sociaux. D’oser aborder aussi des thématiques peut être un peu moins conventionnelles. Le monde du thriller tourne quelquefois en rond, avec des sujets et personnages récurrents. Pour notre part, on a bien envie, et de plus en plus, de proposer autre chose. Nous espérons que les lecteurs suivront et sauront se montrer curieux.