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[BOUQUINS] L.P. Sicard – Au Nom De L’Horreur

20 Août

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L.P. Sicard - Au Nom De L'Horreur

Titre : Au Nom De L’Horreur
Auteur : L.P. Sicard
Éditeur : AdA
Parution : 2018
Origine : Canada (Québec)
268 pages

De quoi ça cause ?

Philippe Durand gagne un séjour d’une semaine dans un manoir du XIXème siècle situé au cœur des Pré-alpes provençales. Une bâtisse d’époque, sans électricité ni eau courante, coupée du monde.

Il quitte sans hésitation Montréal pour vivre cette aventure. Sur place, il retrouve sept autres invités, venant tous d’horizons différents et ayant remporté le même « séjour de rêve ».

Un rêve qui vire au cauchemar quand une première convive est retrouvée morte, égorgée. Et que son corps disparaît peu après…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça faisait déjà un moment que le catalogue des éditions AdA me faisait de l’œil avec ses titres horrifiques, alors pourquoi ne pas se laisser tenter par le grand frisson ?

Au départ je pensais me laisser séduire par Les Contes Interdits, un collectif d’auteurs revisite, de façon très trash les classiques du conté de fée. Finalement mon choix s’est porté sur le roman de L.P. Sicard, mais ce n’est que partie remise pour Les Contes Interdits !

Ma chronique

Est-ce bien utile de commencer cette chronique par l’avertissement de rigueur, âmes sensibles s’abstenir ? A priori on jetant son dévolu sur ce roman on sait grosso modo à quoi s’attendre (pas vraiment un road-trip sauce guimauve sur fond de Bisounours). Et force est de reconnaître que le résultat est à la hauteur, c’est de la littérature horrifique pure et dure, avec son côté ouvertement gore assumé.

À la lecture on devine que L.P. Sicard est très à l’aise avec les différents mécanismes de l’horreur, mais il manque toutefois une réelle dimension psychologique pour assurer le grand frisson. Oui l’hémoglobine coule à flots, oui les morts brutales se succèdent, mais on assiste à ce jeu de massacre avec une certaine distance.

Le récit à la première personne devrait pourtant tendre à dynamiser l’intrigue, mais la sauce a du mal à prendre à ce niveau. La faute essentiellement à un style trop alambiqué, c’est agréable à lire, mais ça manque cruellement de naturel, que ce soit dans le choix des mots ou les tournures de phrases. Les envolées lyriques ne collent pas au genre horrifique ; ça donne au contraire au récit un aspect artificiel qui empêche le lecteur de s’impliquer dans le déroulé de l’intrigue. Un sentiment renforcé par la multiplication de sentences dignes d’une philosophie de comptoir tant elles sont d’une affligeante banalité.

Un récit à la première personne se fait souvent au détriment des personnages, c’est le cas ici. On partage les états d’âme (et états d’esprit) du narrateur (Philippe Durand), mais la personnalité des autres convives est à peine esquissée. Ça reflète plutôt bien le choix narratif, mais un peu plus de profondeur eut toutefois été un plus appréciable.

Il n’en reste pas moins que le huis clos fonctionne plutôt bien (huit convives et autant de victimes potentielles, isolées dans un manoir coupé du monde au coeur de l’hiver). On n’en finit pas de se poser des questions sur la nature des meurtres qui s’enchaînent. Plus les cadavres s’empilent (sauf qu’ils ont la fâcheuse manie de disparaître peu après leur mise à mort), plus on se triture les méninges à essayer de comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres sauvages : un criminel humain, un monstre quelconque, une force maléfique ??? Le mystère reste entier jusqu’à ce que l’auteur vous dévoile le fin mot de l’histoire ; rien à redire au niveau de l’énigme et de sa résolution, c’est brillant de bout en bout.

Louis-Pier Sicard est un jeune auteur québécois, il a commencé sa carrière littéraire par la poésie avant de se lancer dans la littérature jeunesse. C’est avec le collectif Contes Interdits qu’il s’essayera à la littérature adulte et horrifique en revisitant l’histoire de Blanche-Neige, un autre conte devrait par ailleurs sortir d’ici la fin de l’année.

Au final je dirai que l’auteur fait montre d’une belle maîtrise du genre sur le fond, mais il gagnerait à soigner la forme en adoptant un style narratif plus naturel. Je mentirai en disant que je me suis ennuyé en lisant ce bouquin, j’ai pris plaisir à le lire, mais je le referme avec l’impression d’être passé à côté de quelque chose qui aurait pu être beaucoup plus percutant si mieux exploité…

MON VERDICT

 
10 Commentaires

Publié par le 20 août 2018 dans Bouquins

 

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10 réponses à “[BOUQUINS] L.P. Sicard – Au Nom De L’Horreur

  1. Zofia

    20 août 2018 at 20:08

    Ah dommage il me tentait bien mais déjà que j’ai du mal avec les récits à la première personne, ça n’a pas forcément l’air très positif dans ce livre. Bon je retiens quand même le nom, au cas où je tombe inopinément dessus ^^

     
    • Lord Arsenik

      21 août 2018 at 05:46

      Je n’ai pas précisé mais il est écrit au présent, perso ça ne me dérange pas mais je sais que pour certains lecteurs c’est limite bloquant.
      Après c’est un auteur québécois, on retrouve des verbes quasiment jamais utilisés en français de France… ou alors c’est pour coller avec le style limite précieux.

       
      • belette2911

        23 août 2018 at 22:47

        Oui, je bloque parfois avec les récits au présent, aimant mieux le passé simple ou passé compasé, bref, au passé ! 😀 Mais si l’auteur si y faire, je ne remarquerai même pas que c’est au présent ! 😆

        Sans électricité ni eau courante ??? Moi, je n’y vais pas 😀

         
      • Lord Arsenik

        24 août 2018 at 06:30

        Là tu remarqueras 😀
        Perso ce sont plus les formes du subjonctif qui me dérange, ça n’a rien de naturel… le mec qui a inventé ça devait être sous emprise d’un cocktail explosif de drogues dures !!!

        Même pas de wifi ! C’est la jôngle, cruelle jôngle…

         
      • belette2911

        25 août 2018 at 02:31

        J’apprécie les subjonctifs imparfaits des verbes savoir et recevoir…. 😆

        Pas de wifi ??? mais c’est pire que tout, ça ! mdr

         
      • Lord Arsenik

        25 août 2018 at 06:49

        Tu le susses et tu le reçusses… devant un tel exploit espérons que je ne pétasse point !
        C’est bôôô le français !!!

         
      • belette2911

        25 août 2018 at 07:24

        Ah, je vois que tu es un homme culturé ! mdr

        Oui, c’est magnifique le français… je ne me lasse pas de ces deux verbes.

         
      • Zofia

        24 août 2018 at 23:41

        Ah non ça, ça me dérange pas ^^

         
  2. Zélie in the moonlight

    27 août 2018 at 04:29

    Hello ! Merci pour cette chouette chronique. Quand tu dis qu’il gagnerait à soigner la forme, c’est à cause du style québécois, du subjonctif ? J’arrive pas à saisir s’il est plutôt pas très bien écrit (ou trop simplement) ou genre précieux pompadour ?

     
    • Lord Arsenik

      27 août 2018 at 07:44

      Le style est un peu trop pompeux à mon goût… ça nuit au naturel du récit.
      Mais ça n’engage que moi, j’ai lu d’autres critiques qui faisaient l’éloge de ce style alambiqué.

       

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