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Archives Mensuelles: mars 2018

[BOUQUINS] Stephen & Owen King – Sleeping Beauties

AU MENU DU JOUR

S. & O. King - Sleeping Beauties

Titre : Sleeping Beauties
Auteur : Stephen King & Owen King
Editeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
832 pages

De quoi ça cause ?

Un mal mystérieux semble frapper les femmes du monde entier, les plongeant dans le sommeil et enveloppant leur corps d’un étrange cocon.

Alors que le mal commence à frapper la paisible bourgade de Dooling, le sherif Norcross arrête et incarcère Evie Black. La mystérieuse jeune femme vient de tuer sauvagement deux trafiquants de drogue, mais surtout elle semble épargnée par cette épidémie.

Clint Norcross, le psychiatre de la prison pour femmes de Dooling réalise rapidement que la nouvelle venue n’est pas une prisonnière comme les autres. Mais réussira-t-il à la protéger de la folie des hommes ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! Parce que c’est Stephen King, même écrit à quatre mains avec son fils Owen ça reste un roman du King, le seul, l’unique !

Je ne connais pas les écrits de Owen King (à ma décharge, ils ne sont pas disponibles en français), mais je suis confiant…

Ma chronique

Je n’ai pas pour habitude de pratiquer la langue de bois et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer, après tout je ne suis inféodé à aucune maison d’édition ni à aucun auteur, comme dirait l’autre « vous n’aurez pas ma liberté de penser« , et j’ajouterai que je ne me priverai pas d’exprimer haut et fort le fond de ma pensée.

En me lançant dans ce bouquin j’attendais un grand WAOW, je quitte le referme sur un petit HMOUAIS très mitigé. Si je devais résumer mon sentiment en un seul mot ce serait DECEPTION. Pas parce que le bouquin est une sinistre daube (faut pas déconner non plus, on parle de Stephen King), mais parce que j’espérais beaucoup de son pitch… Trop sans doute.

Un chiffre pour commencer : 15 jours. C’est le temps qu’il m’a fallu pour venir à bout du roman, autant dire qu’un tel délai pour achever un Stephen King c’est du jamais vu chez moi. Certes c’est un pavé (plus de 800 pages), mais si j’avais été inspiré par l’intrigue je l’aurai bouclé en quelques jours.

C’est la (longue, très longue) première partie du roman qui justifie ce sentiment mitigé. J’aime les romans dans lesquels l’auteur prend le temps de poser le décor, les personnages et l’intrigue, mais là il y a de réelles longueurs. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai été tenté de laisser tomber ma lecture en cours de route, mais j’ai souvent ressenti le besoin de faire une pause avant de m’y remettre.

Dans leur note de fin, les auteurs disent que le premier jet du roman était beaucoup plus long que sa version finale, j’ose à peine imaginer ce que ça pouvait donner. Pas sûr que j’aurai tenu le coup jusqu’à la fin du roman, déjà là j’estime que cette première partie aurait gagné à subir encore quelques coupes franches (à elle seule elle représente déjà plus de la moitié du bouquin).

Heureusement Stephen et Owen King évitent le naufrage avec une seconde partie menée à un rythme endiablé et à l’issue incertaine jusqu’au final.

Une courte troisième partie vient conclure le roman.

Un retour au fantastique pur et dur que les inconditionnels de Stephen King attendaient de pied ferme, d’autant que l’intrigue pouvait se targuer d’un riche potentiel mettant la gent féminine à l’honneur. Dommage que le plaisir soit partiellement gâché par cette première partie mal dosée et mal gérée.

Pour terminer cette chronique sur une note positive, je tire mon chapeau aux auteurs qui réussissent à proposer une intrigue mettant en scène de nombreux personnages sans jamais embrouiller le lecteur.

Si le bouquin ne m’a pas vraiment emballé, il faudra plus que ça pour remettre en cause mon engouement pour Stephen King, je répondrai bien entendu présent à la sortie de son prochain roman.

MON VERDICT

 
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Publié par le 31 mars 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] David Kirk – Le Samouraï

AU MENU DU JOUR

D. Kirk - Le Samouraï

Titre : Le Samouraï
Série : Musashi Miyamoto- Tome 1
Auteur : David Kirk
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2014
Origine : Angleterre (2013)
416 pages

De quoi ça cause ?

Bennosuke, 13 ans, est élevé par son oncle Dorinbo, un moine officiant au temple bouddhiste de Miyamoto. Le jeune garçon rêve de devenir un célèbre samouraï, à l’image de son père, Munisai, qui a quitté le village 8 ans plus tôt.

Munisai revient s’installer à Miyamoto après avoir offensé le fils d’un seigneur allié. Il espère que les choses se tasseront s’il se fait oublier en assurant la régence administrative du village.

Bennosuke va découvrir une vérité insoupçonnée sur ses parents, mais il faudra plus que ça pour entamer sa volonté de suivre la voie du sabre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis dans une phase japonisante en ce moment, peut-être un effet secondaire de ma forte consommation de sushis ces derniers jours. Mais attention je n’ai que faire du Japon contemporain, c’est le Japon médiéval et ses samouraïs qui m’attire…

Et tant qu’à faire autant se pencher sur le cas du plus célèbre des samouraïs : Musashi Miyamoto.

J’aurai pu jeter mon dévolu sur l’ouvrage considéré comme étant LA référence sur le sujet, le fameux Musashi de Eiji Yoshikawa, paru en 1935 et décliné en français en deux volumes : La Pierre Et Le Sabre et La Parfaite Lumière. J’ai privilégié une approche de l’extérieur (David Kirk est britannique de naissance , il vit au Japon depuis une dizaine d’années) et une écriture plus moderne.

Ma chronique

Au Japon Musashi Miyamoto est tellement célèbre qu’il est quasiment devenu un personnage de légende, il peut parfois s’avérer difficile dans un tel contexte de distinguer les faits historiques et les éléments de fiction destinés à embellir la vérité. C’est encore plus vrai quand la transmission se fait principalement par voie orale ou picturale.

De fait il n’existe aucune véritable biographie de Musashi Miyamoto. Le roman Musashi de Eiji Yoshikawa a beau être considéré comme l’ouvrage de référence sur la vie du célèbre samouraï, ça demeure un ouvrage de fiction qui prend parfois certaines libertés avec l’Histoire (ne serait-ce que pour pallier certains blancs). En langue anglaise c’est Musashi, Le Samouraï Solitaire de William Scott Wilson qui semble se rapprocher le plus d’une biographie de Musashi Miyamoto.

David Kirk reconnaît que le livre de William Scott Wilson a été sa principale source documentaire, complété par les écrits de Musashi Miyamoto, dont le fameux Traité Des Cinq Roues (aussi appelé Livre Des Cinq Anneaux). Le Samouraï est le premier volet d’une trilogie (?) qu’il consacre à Musashi, le second tome, L’Honneur Du Samouraï est déjà disponible en français et le troisième (et dernier ?) est encore en cours de rédaction.

Dans ce premier opus, l’auteur nous invite à suivre le parcours initiatique de Bennosuke Hirata (qui deviendra plus tard Musashi Miyamoto) entre ses 13 et 16 ans.

C’est à 13 ans que Bennosuke va retrouver son père. Des retrouvailles sur fond d’un terrible secret concernant la mort de sa mère et les conditions du départ précipité de son père, huit ans plus tôt. Pas franchement les conditions idéales pour rétablir une relation père / fils des plus épanouies ! Il n’en reste pas moins que Munisai va aider Bennosuke à se perfectionner dans l’art du maniement du sabre.

Un enseignement qui s’avèrera fort utile puisque c’est aussi à l’âge de 13 ans que Bennosuke va livrer son premier combat en duel et tuer un homme pour la première fois.

A partir de là notre brave Bennosuke n’aura guère d’occasion de se la couler douce. Entre le désir de vengeance du fils d’un seigneur face à l’humiliation que le jeune samouraï lui a infligé, puis sa propre soif de revanche, la vie ne sera plus jamais un long fleuve tranquille…

Dans ce premier tome, les relations entre les personnages occupent une place essentielle. Qu’il s’agisse du lien entre Bennosuke et Munisaï, une relation tumultueuse qui connaîtra bien des évolutions au fil des pages. Mais Bennosuke sera aussi tiraillé entre Munisaï et Dorinbo, ce dernier aimerait le voir suivre une voie plus spirituelle tout en sachant que le gamin rêve de devenir un samouraï.

C’est aussi l’organisation même du Japon médiéval, un système qui repose sur des liens hiérarchiques stricts, qui place le relationnel au centre de tout. Dans le roman un artisan explique ainsi les choses à Bennosuke :

« Tout est question de hiérarchie, pas vrai ? Tout en haut siège l’empereur, qu’on ne voit jamais, et après… Mon lot est de servir le samouraï que vous êtes, et vous, vous servez le seigneur Shinmen. Il a du pouvoir, mais pas tant que ça. Il obéit aux Grands Seigneurs, et au-dessus d’eux il y a encore un petit groupe d’hommes dont la fonction n’a pas de nom précis. On peut les appeler les Très Grands Seigneurs, si l’on veut, et le plus proche de nous est le seigneur Ukita. Et qui est-ce qui le commande, celui-ci ? »

Ce à quoi Bennosuke répondra : « Le régent Hideyoshi Toyotomi. »

Un système qui ne souffre d’aucune exception, quiconque oserait s’attaquer à un individu de rang supérieur se verrait accuser d’un crime majeur puni par la mort du coupable (il est donc théoriquement inconcevable qu’un samouraï s’en prenne à un seigneur).

Le revers de la médaille, dans les strates les plus hautes, étant le risque d’attiser les convoitises et complots en tout genre au moindre signe de faiblesse d’un supérieur.

C’est d’ailleurs ce qui conduira à la bataille de Sekigahara, qui opposera les armées du clan Toyotomi (prétendants légitimes à la succession) à celles du clan Tokugawa, décrite dans la dernière partie du roman.

David Kirk nous plonge en totale immersion dans son intrigue, ne négligeant aucun aspect du récit (personnages, rythme…) qui s’avérera à la fois instructif (j’avoue sans la moindre honte que je n’avais que de très vagues connaissances sur le sujet), entraînant et addictif (difficile de lâcher prise une fois embarqué dans l’histoire).

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin, d’autant plus que le style sans fioriture permet une grande fluidité de lecture, il me tarde donc de me plonger dans le second opus tout en espérant déjà que le troisième ne tardera pas trop à voir le jour (ceci dit je conçois volontiers qu’après cinq ans de travail sur ces deux premiers tomes, David Kirk ressente le besoin de faire un break).

MON VERDICT

 
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Publié par le 14 mars 2018 dans Bouquins

 

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[BRD] Epouse-Moi Mon Pote

A L’AFFICHE DU JOUR

Epouse-moi mon pote

Titre : Epouse-Moi Mon Pote
Réalisation : Tarek Boudali
Production : Axel Productions / M6 Films / StudioCanal
Distribution : StudioCanal
Origine : France (2017)
Durée : 92 min

Le casting

Tarek Boudali : Yassine
Philippe Lacheau : Fred
Charlotte Gabris : Lisa
Andy Rowski : Claire
Philippe Duquesne : Dussart

Le pitch

Yassine bénéficie d’un visa étudiant le temps de passer son diplôme d’architecte, jusqu’à ce qu’une soirée trop arrosée ne vienne anéantir ses rêves. Non seulement il ne se présente pas à son examen, mais son visa est de facto annulé, il risque donc à tout moment d’être expulsé vers le Maroc.

L’expulsion semble inéluctable, à moins qu’il ne se marie… Mais les prétendantes ne se bousculent pas vraiment au portillon. C’est alors que Yassine a l’idée un peu folle de demander à son meilleur pote, Fred, de l’épouser. Ce dernier, au grand dam de sa fiancée, Lisa, accepte…

Mais rien n’est gagné pour autant, le « couple » va devoir tromper la vigilance de Dussart, un inspecteur particulièrement retors qui flaire l’arnaque au mariage blanc…

Ma chronique

Après les deux volets de Babysitting et Alibi.com, réalisés par Philippe Lacheau, c’est au tour de Tarek Boudali de diriger ses potes de la Bande à Fifi.

Si vous avez aimé les films de Philippe Lacheau, nul doute que vous passerez un très bon moment devant Epouse-Moi Mon Pote. Tarek Boudali reste en effet fidèle à l’esprit de la Bande à Fifi, si l’humour ne brille pas forcément par sa finesse, il fait mouche par ses situations aussi improbables que délirantes et des dialogues tout autant décalés.

Pierre Desproges disait fort justement : « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », une phrase qui s’applique parfaitement à ce film. Ce n’est pas parce que les sujets abordés (le mariage homosexuel et l’immigration notamment) sont sérieux (voire graves) que l’on ne peut se permettre de les aborder avec une bonne dose de dérision. Certes, ça ne plaira pas à tout le monde, mais de là à taxer le film d’homophobe ou de raciste, il faut vraiment être un n’importe qui dénué du moindre humour et affligé d’un réel déficit neuronal.

OK il y a des clichés sur l’homosexualité énormes, mais c’est justement cette énormité dans la façon de surjouer qui les tourne en dérision. Ca fait du bien de voir qu’il y a encore des comiques, notamment au sein de la jeune génération, qui osent aller à l’encontre de cette vague puante du puritanisme et d’hypocrisie qu’est le politiquement correct à outrance.

Je n’ai aucune honte à affirmer haut et fort que j’ai aimé ce film, je me suis bien marré sans me prendre la tête. Et bien entendu je serai fidèle au poste pour le prochain film de Tarek ou Philippe. Merci à la Bande à Fifi, continuez de vous éclater et de nous faire rire en restant fidèle à votre esprit.

♥♥♥½

 
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Publié par le 13 mars 2018 dans DVD / BRD

 

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[BOUQUINS] Bryan Reardon – Jake

AU MENU DU JOUR

B. Reardon - Jake

Titre : Jake
Auteur : Bryan Reardon
Éditeur : Gallimard
Parution : 2018
Origine : USA (2015)
352 pages

De quoi ça cause ?

La vie de Simon Connolly bascule le jour où une fusillade éclate dans le lycée de ses enfants. Sur place il retrouve sa fille, Laney, mais son aîné, Jake, est introuvable.

Le tireur, Doug, a tué treize jeunes avant de se suicider. Un élève asocial qui pour seul ami Jake, lui même d’un naturel plutôt réservé, ce dernier peut-il être mêlé, de près ou de loin, à cette fusillade ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La couv’ et le pitch ont tout de suite titillé ma curiosité. L’enthousiasme quasi unanime de la blogosphère a fait le reste…

Ma chronique

Il est des bouquins qui vous prennent aux tripes par le rythme effréné de leur intrigue, d’autres vous feront tout autant d’effet en misant uniquement sur les personnages. Jake, de Bryan Reardon, s’inscrit incontestablement dans la seconde catégorie ; il m’a rarement été donné de lire un roman dont les personnages dégagent une telle humanité. Impossible de ne pas éprouver une sincère empathie pour la famille Connolly face à l’épreuve qu’ils traversent, en particulier pour Simon.

L’intrigue n’est pas pour autant laissée pour compte, mais elle reste relativement classique et, osons le dire haut fort, tristement banale (c’est d’autant plus vrai qu’elle colle a l’actualité du moment, trois semaines après la fusillade survenue dans un lycée Parkland qui a fait 17 morts). C’est plutôt dans son traitement que l’intrigue se démarque, ici le sensationnalisme ou le voyeurisme n’ont pas leur place, de nouveau c’est le côté humain qui est mis en avant.

Le récit est à la première personne, c’est Simon qui nous raconte le drame que lui et sa famille subissent. Il faut dire que la situation familiale des Connolly est un peu atypique, le couple a en effet décidé, d’un commun accord, que Simon resterait à la maison pour s’occuper des enfants, tandis que Rachel, son épouse, poursuivrait sa brillante carrière professionnelle.

Nul besoin d’être soi-même père de famille pour partager la détresse de Simon, une détresse faite d’inquiétudes pour son fils disparu, mais aussi de doutes et de colère alors que les médias et une partie du voisinage désignent sans la moindre hésitation Jake comme complice et pointent du doigt la responsabilité des parents.

Si l’on s’identifie aisément au personnage de Simon, c’est parce qu’il n’a rien du héros nourri à la testostérone ; ce serait plutôt monsieur Tout-le-Monde, un type réservé qui s’efforce d’élever au mieux ses enfants et qui, du jour au lendemain, se retrouve confronté au plus inconcevable des cauchemars.

Les chapitres alternent entre le présent et les souvenirs de Simon, des flashbacks relatifs à Jake bien entendu, mais qui impliquent aussi Rachel et Laney. En puisant dans le passé, Simon essaye de comprendre le présent.

La grande force du roman reste la formidable écriture de Bryan Reardon, une écriture criante de vérité par son authenticité, mais aussi une écriture chargée d’une énorme intensité émotionnelle. Si vous avez encore ne serait-ce qu’une once d’empathie, impossible que ce roman vous laisse de marbre ! C’est une lecture qui vous prendra au coeur et aux tripes ; je parierai même que vous ne refermerez pas ce bouquin sans avoir versé une larme.

Il me semble donc parfaitement légitime de saluer le travail de la traductrice, Flavia Robin, qui a su retranscrire ce tourbillon d’émotions avec beaucoup de justesse. Une profession de la chaîne du livre trop souvent oubliée malgré son rôle essentiel.

Bon, et Jake dans tout ça ? Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la clé de l’intrigue. Je dirai juste que j’ai rapidement pressenti le fin mot de l’histoire ; mais ça ne m’a nullement empêché de profiter pleinement de ce bouquin.

Nous ne sommes qu’en mars, mais je peux d’ores et déjà affirmer que Jake sera certainement l’une de mes lectures les plus marquantes de cette année 2018.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 7 mars 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Daniel Kraus – Teigneux

AU MENU DU JOUR

D. Kraus - Teigneux

Titre : Teigneux
Auteur : Daniel Kraus
Editeur : Fleuve Edtions
Parution : 2018
Origine : USA (2013)
320 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait neuf ans que Jo Beth Burke et ses enfants, Ry (19 ans) et Sarah (10 ans), ne subissent plus la colère et la violence de Marvin Burke, mari et père.

Neuf ans que Marvin Burke croupit en prison, en grande partie grâce à l’extraordinaire courage de Ry qui a survécu à une traque mortelle lancée par son paternel. Mais pour Ry rien n’aurait été possible sans l’aide providentielle de trois jouets qu’il a emportés avec lui dans sa fuite, les Trois Inommables.

La ferme familiale dépérit inexorablement, pour Jo Beth et ses enfants, leur seule chance de s’en sortir est de déménager pour aller s’installer en ville et prendre un nouveau départ.

Un espoir de renouveau qui s’effondre lorsque Marvin Burke refait surface dans leurs vies, plus que jamais déterminé à se venger d’eux, et tout particulièrement de Ry…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai flashé sur la couv’ tout simplement. La quatrième de couv’ a fait le reste, le fait que le bouquin fasse partie de la collection Outre Fleuve a aussi joué en sa faveur.

Ma chronique

Il est des bouquins pour lesquels, au moment de rédiger ma chronique, je me pose sérieusement la question de savoir par où commencer et surtout où aller. Non que je me sois fait chier pendant ma lecture, simplement parce que le bouquin que je viens de lire est un tantinet atypique. Teigneux fait partie de ces livres qui vont me donner du fil à retordre.

La quatrième de couv’ fait état d’un « thriller paranormal« , c’est sans doute une façon d’aborder la question, pour ma part j’ai surtout eu le sentiment de lire un thriller psychologique particulièrement intense. Intense parce qu’il nous invite à partager les pensées d’un esprit fragile, au bord de la rupture, voire de l’implosion.

Si l’aspect paranormal est discutable, il ne fait par contre aucun doute que c’est un bouquin fortement déconseillé aux âmes sensibles. Certaines scènes sont bien trash, voire franchement gore, mais l’horreur n’est jamais gratuite et l’auteur ne joue pas la carte de la surenchère ; ici l’horreur est bel et bien ancrée dans la réalité et mise au service de l’intrigue et des personnages.

Daniel Kraus nous propose un thriller qui se construit autour de la relation entre un père (Marvin) et son fils (Ry), pas franchement le genre de relations « normales » entre papounet et fiston, mais plutôt une relation pervertie, nocive et nuisible fondée sur la peur. Une relation qui ne peut déboucher que sur une confrontation explosive, la question n’est pas tant de savoir qui prendra le dessus, mais plutôt d’évaluer les dommages collatéraux.

L’auteur aurait pu, par facilité, se concentrer sur ses deux personnages centraux et laisser aux autres des rôles plus ou moins subalternes, mais il n’en est rien. Si les personnalités de Jo Beth et Sarah sont définies par le biais de Ry et Marvin, il n’en reste pas moins qu’elles auront un rôle déterminant à jouer tout au long de l’intrigue.

Difficile de parler des personnages sans mentionner les fameux Trois Inommables, le sympathique Monsieur Oursington, le sage Jésus-Christ et Teigneux que son seul nom suffit à définir. Sans risquer de me montrer trop disert sur la question, il ne faut pas être un fin psychologue pour deviner que chacun est une projection de l’esprit de Ry, diverses facettes, plus ou moins enfouies, de sa propre personnalité.

Si vous pensez avoir tout vu et tout lu en matière de thriller, je vous invite à vous plonger dans Teigneux ; je n’irai pas jusqu’à dire que Daniel Kraus réinvente les règles du genre, mais il joue avec et les accommode à sa sauce, une sauce certes atypique, mais qui s’avère finalement fort réussie.

Au risque de passer pour un maso, j’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ce presque huis clos glauque et oppressant à souhait. Les auteurs qui osent chambouler les règles ne sont pas légion, il serait bien dommage de bouder son plaisir quand on en croise un. Et incontestablement, Daniel Kraus ose, et il le fait bien.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 2 mars 2018 dans Bouquins

 

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