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Archives du 9 décembre 2016

[BOUQUINS] Craig Clevenger – Le Contorsionniste

C. Clevenger - Le contorsionnisteUn titre découvert au hasard des propositions dans le cadre d’un Book Club. Auteur et éditeur inconnus, couv’ très quelconque ; rien pour retenir mon attention de prime abord. Par contre le pitch semble sympa, certaines critiques, et non des moindres (cf la revue de presse proposée sur le site de l’éditeur), ne tarissent pas d’éloges mais aussi et surtout des réactions enthousiastes de la part des lecteurs de ce fameux Book Club. Et voilà comment Le Contorsionniste de Craig Clevenger s’est retrouvé entre mes mains.
Daniel Fletcher se réveille dans un lit d’hôpital après une overdose médicamenteuse, comme toujours dans ces cas-là il va devoir passer un « entretien de routine » avec un psy afin de déterminer s’il s’agissait d’un surdosage accidentel ou d’un suicide. Daniel Fletcher n’existe pas, son vrai nom est John Vincent, un véritable caméléon capable de s’inventer et d’endosser en un tourne-main une nouvelle identité et les souvenirs qui vont avec…
C’est un scandale !!! Pourquoi a-t-il fallu 14 longues années pour que ce bouquin soit enfin disponible en français ? Et en plus c’est un éditeur modeste (Le Nouvel Attila) qui s’y colle. Un grand merci à eux et chapeau bas pour le travail accompli (je pense notamment au traducteur, Théophile Sersiron). Mesdames, messieurs, Le Contorsionniste a tout pour devenir un livre culte ; vous en doutez ? Lisez-le et on en reparlera.
Un roman totalement inclassable, à la fois thriller psychologique et roman noir, mais aussi bien plus que ça. Alternant humour et situations extrêmement tendues, l’auteur joue aussi bien avec nos émotions qu’avec nos nerfs. Un OLNI est ce qui définirait le mieux ce bouquin impossible à caser dans un genre prédéfini, et pour cause, il obéit à ses propres règles (un sacré tour de force pour un premier roman).
Ce n’est par hasard que j’ai employé le terme caméléon dans ma présentation du bouquin. Difficile en effet de ne pas penser à la série Le Caméléon dans laquelle le héros, Jarod, endosse une nouvelle identité/personnalité à chaque épisode. John Vincent est une sorte de Jarod puissance 10, il peaufine chaque changement d’identité jusque dans les moindres détails, à grand renfort de (faux) justificatifs.
Mais qui est exactement John Vincent et pourquoi ces multiples changements d’identité ? Ah que voilà une question que vous n’aurez de cesse de vous poser au fil des pages. Il faut dire que John (ah oui j’ai oublié de vous signaler que le bouquin était écrit à la première personne) aime tourner autour du pot quand il nous raconte son histoire. Mais n’allez surtout pas croire qu’il s’autorise ces nombreux flash-backs sans avoir une bonne raison de le faire. N’oubliez pas que notre gars ne laisse jamais rien au hasard. Les réponses viendront en temps et en heure, de fil en aiguille.
Si je peux vous donner un conseil, laissez-vous simplement guider par l’auteur et le récit de John, inutile de vous triturer les neurones pour essayer d’anticiper les explications du narrateur, dégustez simplement le parcours (chaotique) de John Vincent, à votre rythme.
Le rythme du récit en quant à lui plutôt lent, presque hypnotique (je dirai presque envoûtant) mais à aucun moment ennuyant, loin s’en faut l’auteur sait focaliser toute notre attention et notre vigilance sur son intrigue (totalement addictif comme bouquin). Aussi la brusque accélération dans les derniers chapitres nous prend quelque par surprise. Et que dire de l’ultime revirement ? Grandiose, tout simplement magistral.
Craig Clevenger profite de son récit et de son héros atypique pour se livrer à un réquisitoire à charge contre le processus d’évaluation psychiatrique et d’internement. Même les systèmes éducatifs et judiciaires en prennent pour leur grade au passage. Si vous avez encore des illusions sur la grandeur du Rêve Américain ce roman devrait achever de les balayer d’une pichenette.
J’ai salué le travail de traduction de Théophile Sersiron car je suppose qu’il n’a pas dû être simple de jongler avec un texte pareil. Chaque personnalité qu’endosse John à sa façon de se comporter et de parler. Changement de style lorsque John (Daniel Fletcher) fait face au psy qui tente de percer ses secrets (un face à face verbal, non verbal et psychologique), ou quand il nous raconte son histoire ou s’adresse au lecteur pour lui confier les secrets de son « talent ».
Une belle découverte (pour ne pas dire une révélation) de cette fin d’année 2016. Dommage que la sortie de ce roman ait été aussi peu médiatisée, j’espère que la blogosphère lui offrira toute la publicité qu’il mérite. Pour ma part je confluerai en empruntant à Michel Sardou ce refrain (Chanson Le Successeur) pour vanter le travail de l’auteur : « Et il est jeune, il est bon, il est beau. Quel talent, quelle leçon, quel salaud ! ».
Un grand merci à DP (il se reconnaîtra s’il passe dans le coin), Book-Clubber émérite mais discret, qui m’a fait découvrir ce formidable roman.

MON VERDICT
jd5Coup double

 
13 Commentaires

Publié par le 9 décembre 2016 dans Bouquins

 

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