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[BOUQUINS] Ian Manook – La Mort Nomade

09 Nov

I. Manook - La Mort NomadeDirection la Mongolie en compagnie de Ian Manook et son dernier opus en date, La Mort Nomade, ultimes (?) retrouvailles avec Yeruldelgger.
Depuis son éviction de la police, Yeruldelgger s’est retiré dans le désert de Gobi pour une retraite spirituelle. Après quatre mois de solitude et de méditation sa retraite va prendre un tour inattendu, au fil des rencontres inattendues et de scènes de crimes, Yeruldelgger va se retrouver, bien malgré lui, au centre de toutes les attentions…
Pour ce troisième rendez-vous avec Yeruldelgger, Ian Manook change le ton de son roman, ce qui semble un choix logique étant donné que son héros n’appartient plus aux forces de police et n’a donc aucune légitimité à mener une enquête… Un fait qu’il ne manque pas de souligner au fil des pages : « Je n’en sais rien, Guerleï, tu peux me croire. Je me fous de leur révolte comme je me fous de tes enquêtes. Je suis juste un vieil ex-flic qui cherche à se ressourcer en s’isolant dans une retraite spirituelle, putain de bordel de merde, c’est quand même pas si difficile à comprendre, ça !« .
Une retraite spirituelle qui sera d’abord perturbée par Tsetseg, une fière amazone venue lui demander de l’aider à retrouver sa fille disparue. Puis par Odval, une jeune femme dont l’amant vient d’être assassiné et dont la yourte à été incendiée. Cerise sur le gâteau, un intrépide gamin, Ganbold, lui annonce qu’il a découvert un charnier !
Quand enfin la petite troupe se met en route, ils croiseront une première scène de crime et le lieutenant Guerleï, une fliquette qui essaye tant bien que mal d’éviter que la situation ne dérape. Pour Yeruldelgger ce n’est que le début des emmerdes, au fil de la route il croisera d’autres scènes de crimes, et sa troupe grandira… jusqu’à ce qu’il se retrouve promu, à l’insu de son plein gré, au titre Delgger Khan, chef de file de la révolte nomade contre les compagnies minières. Pas de bol pour un type qui aspirait à un paisible et méditative retraite spirituelle ! Une situation que Guerleï résume plutôt bien : « Tu n’es pas un mauvais homme, Yeruldelgger, bien au contraire, mais tu es le plus productif, le plus créatif, le plus prolifique fouteur de bordel que je connaisse ! ».
Beaucoup de nouvelles rencontres donc au programme, avec, comme toujours, des personnages bien travaillés. Dans la petite troupe qui accompagne Yeruldelgger j’ai eu un faible pour Tsetesg, une femme pleine de ressources qui ne reculera devant rien pour retrouver sa fille. J’ai aussi beaucoup aimé les échanges entre Yeruldelgger et Guerleï.
L’aspect policier stricto sensu est géré directement à Oulan Bator par les Affaires Spéciales, plus précisément par son chef Bektet et son adjointe, Fifty. Confrontés à la corruption des uns et au silence complaisant ou effrayé des autres, ils auront bien du fil à retordre face à un ennemi aussi puissant qu’impitoyable (j’ai pris un réel plaisir à la détester dès sa première apparition).
Même si au final elle n’est qu’un pion utilisé pour asseoir le pouvoir du véritable ennemi des terres mongoles, les multinationales minières qui ravagent et empoisonnent le sol mongol en totale impunité, achetant, d’une façon ou d’une autre, le silence des autorités. Le portrait que dresse l’auteur de l’exploitation minière fait froid dans le dos, un pillage sans nom que l’auteur qualifie fort justement de viol écologique.
De fait l’intrigue nous fait voyager hors des frontières mongoles, il faut dire que l’ennemi en question est du genre tentaculaire. Nous aurons le droit à des détours par New-York (avec un duo de flics excellent), le Québec, l’Australie et la France (l’occasion de retrouver avec plaisir Zarzavadjian).
Alors clap de fin pour Yeruldelgger ? Tout laisse à supposer que oui, par contre ne comptez pas sur moi pour vous dire s’il aura enfin pu profiter de sa retraite spirituelle… Je quitte cette trilogie à regrets mais avec toutefois la certitude que le nom de Yeruldelgger mérite sa place au panthéon de la littérature policière française.
Que lui souhaiter de plus ? Partir à la conquête d’un public international, pourquoi pas ?

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Morceau choisi :

Les dessous de la traditions.
Comment des filles des steppes se retrouvent mères des steppes et finalement prostituées ?
Explication par Solongo.

La cause, c’est généralement un jeune idiot. Il peut avoir douze ans comme il peut en avoir vingt. Il voit cette gamine grandir pas loin de lui et quand son corps s’y prête, petit à petit, il la désire. Son corps la réclame, c’est ce que lui murmurent les vieux. Dans le campement, tout le monde le remarque et en rit sous cape, jusqu’à la nuit où il relève le feutre de la yourte pour se rouler à l’intérieur. Dans le silence et l’obscurité il se glisse sous la couverture de la gamine qui n’ose rien dire de peur de faire honte à ses parents. Alors elle se laisse faire sans rien comprendre et il la prend maladroitement, comme dans un jeu interdit qui le surprend. Quelquefois la gamine se surprend à aimer. Souvent elle a mal et pleure en silence. Puis il remballe son attirail, sans adieu, sans un mot, et roule sous le feutre pour rejoindre dehors dans la nuit des aînés qui l’attendent, le congratulent et l’emmènent boire à l’écart. À l’intérieur, la gamine ne dort plus et les parents non plus, mais personne ne parle. Par honte. Parce que si c’est douloureux pour le corps de la gamine comme pour le cœur des parents, c’est toléré par la tradition pour la fierté des garçons. Et quand par hasard un enfant naît, la honte est toujours là et la tradition veut que la gamine, devenue femme malgré elle et à cause des autres, aille vivre dans sa propre yourte un peu isolée du campement. Au plus loin du point d’eau, sur les pentes les plus pierreuses, à regarder son gamin grandir en espérant qu’il ne se glissera pas sous le feutre d’une yourte lui aussi. Ou en l’encourageant à le faire, au contraire. Par vengeance. Mais si l’enfant est une fille, malheur à celui qui essayera de se glisser dans la yourte. Les mères des steppes ne dorment jamais, pour ne pas laisser leurs filles en pleurs.

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14 Commentaires

Publié par le 9 novembre 2016 dans Bouquins

 

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14 réponses à “[BOUQUINS] Ian Manook – La Mort Nomade

  1. belette2911

    10 novembre 2016 at 00:07

    Je suis triste que ce soit terminé… sauf si la trilogie devient quadrilogie, comme d’autres avant lui l’ont fait… *espoir*

    Attention, il manque un « plus » dans la phrase « son héros n’appartient [plus] aux forces de police », preuve que je lis chaque mot, chaque lettre ! 😛

     
    • Lord Arsenik

      10 novembre 2016 at 05:25

      Tout est possible. La fin n’est pas totalement fermée…

      Je t’embauche comme relectrice bénévole 🙂
      Les neurones s’agitent plus vite que les doigts sur le clavier.

       
      • belette2911

        10 novembre 2016 at 07:28

        Si tu relis chez moi, alors, parce que moi aussi je passe des tas de fautes que je ne vois jamais !

        Pour moi, vu la fin, elle est fermée… je veux bien croire, mais pas aux miracles, bien qu’en littérature, on en ait fait des somptueux, de miracles (Holmes !!). Jésus et sa résurrection, ils font petit face à certaines dans les livres ou les séries…

         
      • Lord Arsenik

        10 novembre 2016 at 14:01

        Au risque de spoilier (ce qui est contraire à mes habitudes), la fin me fait un peu penser à celle de Fantôme, la neuvième enquête de Harry Hole.
        Tout laisse à penser que… et bin non finalement, HH est de retour dans Police, et c’est vrai qu’en la relisant ça se tient (ou alors ça se tient parce qu’on a foutrement envie d’y croire).

         
      • belette2911

        11 novembre 2016 at 04:45

        Mon dieu, je viens de me rendre que les initiales de Harry Hole sont HH…. comme le fameux 88 que les nazis nostalgiques se font tatouer (pour Heil H***** – pas envie d’écrire son nom – le H étant la 8ème lettre de l’alphabet).

        Qui sait ? Ce serait avec plaisir, mais j’aime pas trop quand les auteurs ou les scénaristes jouent avec ce truc… ça me fait peur et ensuite, ça m’énerve !

        On aime aussi y croire….

         
      • Lord Arsenik

        11 novembre 2016 at 07:01

        Je n’avais pas fait le rapprochement entre HH et 88, il faut dire qu’ici le néo-nazi est une denrée rare, voire inexistante… ce qui en soit n’est pas plus mal.

         
      • belette2911

        11 novembre 2016 at 17:31

        Mais quelle chance ! Bon, si elle existe à Bxl, elle est assez planquée, mais un ami me l’avait expliqué, le coup du 88 tatouée et un jour, j’en ai vu un tatoué sur le bras d’un mec… le genre de mec qui n’est pas blond aux yeux bleus mais d’un genre zozo qui irait direct à la mort si cette horrible engeance revenait. Ça me fait froid dans le dos les nazis nostalgiques.

         
  2. Yvan

    10 novembre 2016 at 04:35

    exactement, c’est ce qu’on va lui souhaiter, et je pense que c’est en bonne voie

     
    • Lord Arsenik

      10 novembre 2016 at 05:30

      Je suis certain que ses romans peuvent toucher un public non francophone (pour les francophones c’est un avantage du numérique, les frontières de l’éditeur sont abolies).
      US je ne sais pas, ils sont un peu beaucoup chauvins et ne manquent pas d’auteurs de grand talent.

       
  3. Zofia

    12 novembre 2016 at 04:10

    Je possède le premier mais le fait que ça se passe en Mongolie m’inquiète un peu…

     
    • Lord Arsenik

      12 novembre 2016 at 06:54

      C’est justement une force de la saga, outre le dépaysement assuré on se trouve dans un contexte quasiment unique en son genre.

       
  4. Nathalie M

    13 novembre 2016 at 06:45

    Scrogneugneu, je ne recevais plus les mails pour ton blog et du coup j’ai raté une montagne de bonnes chroniques! Sais pas ce que j’ai foutu 😦 . J’ai tout réparé et me revoilà 🙂

     
    • Lord Arsenik

      13 novembre 2016 at 07:36

      Bon retour dans le coin 🙂
      Cherche pas à comprendre, je suis abonné à tous mes blogs potes mais ne reçois aucune notification mail. A l’occasion je parcours la liste, un par un… pour ça que je ne suis pas toujours hyper réactif 🙂

       
      • Nathalie M

        13 novembre 2016 at 07:57

        Ça se règle dans wp. Je les recevais avant j’ai dû faire une mauvaise manipulation ☺

         

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