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Tête à tête (virtuel) avec Elen Brig Koridwen

17 Sep

Bonjour Elen, merci d’avoir accepté de te prêter au jeu de ces questions-réponses par mails interposés.

Commençons par le commencement, peux-tu présenter rapidement ?

Cinquante-cinq ans, divorcée, des enfants. J’ai eu une vie très agitée où j’ai couru le monde et exercé de nombreux métiers. Aujourd’hui, je suis en longue maladie et je vis seule avec 6 chats recueillis à la SPA ou dans la rue.

Désolée, je n’ai pas grand-chose d’autre à dire : la discrétion m’est une seconde nature et je ne fonctionne que sous pseudonymes.

Comment t’est venue l’envie d’écrire ?

Je suis née avec ! 🙂 Mes parents avaient été libraires avant de se reconvertir dans l’enseignement. Mon père avait également connu un certain succès en tant qu’auteur. Mon parrain est membre de l’Académie française. Dans la famille, tout le monde était amoureux des livres. Chez mes parents, il y avait une fabuleuse bibliothèque de près de deux mille livres, reliés pour la plupart : chacun représentait pour nous un objet d’art, aussi bien par sa forme que par son contenu…

Ma mère m’a appris à lire à l’âge de trois ans, et ensuite je n’ai plus cessé ; pour m’encourager, on m’autorisait même à lire à table. À 10 ans, quand j’ai attaqué les « Flicka », la série des Trois mousquetaires, Jack London, Jules Vernes, Dickens…, je lisais au moins un livre par jour, et ça m’est resté jusqu’à l’âge adulte, où j’ai dû freiner un peu par moments. J’avais écrit mes premiers poèmes à l’âge de 5 ans, été publiée à 9 ans dans une revue, et j’ai commencé mon premier roman à 13 ans, même si la poésie m’était plus naturelle. Dans un milieu comme le mien, tout cela semblait couler de source,…

Plus tard, au lycée, les profs me laissaient libre d’écrire pendant les cours. Ils disaient à mes camarades que je serais écrivain ; cela avait l’air d’être une évidence pour tout le monde. Un prof est allé jusqu’à faire étudier l’un de mes poèmes en classe. C’était une situation très embarrassante. J’en ai retenu que l’interprétation de nos écrits est parfois d’une grande extravagance, et que l’on prête sans doute aux écrivains défunts des intentions très éloignées des leurs !

Tu as fait le choix de l’auto-édition, pourquoi ?

Je connais bien – trop bien – le milieu de l’édition. J’ai reçu des encouragement flatteurs, notamment de Laudenbach, le fondateur des Éditions de la Table Ronde, et bien plus tard, deux offres des éditions Robert Laffont (aventures complètement folles que j’ai racontées sur le site monBestSeller : http://www.monbestseller.com/actualite-litteraire-du-cote-des-auteurs/du-cinema-dans-ledition-elen-brig-koridwen-robert-laffont). Il y a eu aussi une occasion ratée d’un cheveu chez Gallimard. Par ailleurs, aux détours d’une vie tumultueuse, j’ai pas mal travaillé comme « nègre » (écriveur/réécriveur pour d’autres auteurs : ce que les anglo-saxons appellent ghostwriter).

Tout cela m’a permis d’entrevoir des aspects qui froissaient mes principes. J’adorais le dieu Littérature, et j’assistais, consternée, à toutes les petites faiblesses et compromissions de ses Grands Prêtres… Dans l’édition comme dans beaucoup de milieux, le relationnel est crucial, ce qui entraîne des décisions parfois très arbitraires. Cela ne donne ni envie ni confiance.

Et puis, malgré ma tentation de m’en remettre à beaucoup plus compétent que moi, je ne rêvais pas d’être un poulain dans une écurie ; j’aspirais à galoper dans de plus vastes étendues… En clair, être édité c’est accepter que son roman soit calibré, formaté pour entrer dans telle ou telle collection, plaire à tel ou tel public. Or je suis « atypique et paradoxale », je touche à tous les genres, souvent en les panachant dans un même texte, ce qui est un vrai péché aux yeux d’un éditeur. Et je change de style au gré des ambiances : c’est un atout pour un ghostwriter, mais on me l’a reproché chez Gallimard en tant qu’auteur. Seulement, c’est comme ça que j’aime écrire !

 Un choix courageux mais aussi un parcours du combattant parfois, non ? Entre écriture, corrections, mise en page, numérisation… comment t’organises tu ?

Très mal. 🙂 Je suis écartelée entre mes activités d’auteur et ma « vie sociale » sur facebook. Je gère des groupes d’aide ou de promotion pour les auteurs, mais aussi les blogueurs et autres intervenants du monde du livre. Je m’emploie à épauler d’autres auteurs : je fais de la correction bénévole voire de la réécriture, je conseille, j’oriente, je soutiens. Enfin, autant que possible je lis, chronique ou du moins commente mes pairs, parce que nous avons tous besoin d’avis pour progresser et pour gagner en visibilité. À côté de cela, j’ai toujours une petite activité « pro » de ghostwriter pour aider à faire bouillir la marmite.

Tu as raison de souligner que l’autoédition est un travail d’homme/femme-orchestre. Il faudrait avoir de nombreuses compétences, que je suis bien loin de toutes maîtriser. Depuis quelque temps, j’essaie de promouvoir l’idée qu’il serait utile de s’organiser en mini-coopératives d’auteurs maîtrisant divers savoir-faire, afin de produire des ouvrages aboutis dans tous les domaines, comme pourrait le faire une maison d’édition. La correction finale doit toujours bénéficier d’un œil extérieur ; à force, l’auteur ne voit plus ses propres fautes. (Et ne parlons pas de la réécriture, qui permettrait à bien des auteurs ayant conçu une bonne histoire d’en faire un roman à succès : exactement le travail accompli par les grandes maisons d’édition sur la plupart des manuscrits.) La mise en page et la mise en ligne nécessitent des compétences technologiques que possèdent peu d’auteurs. La couverture est un autre domaine nécessitant un vrai savoir-faire, et il en est de même pour le marketing (choisir un format, rédiger un résumé, une biographie de l’auteur, réaliser une vidéo de présentation, définir des modes de promotion…) Enfin, la promotion elle-même est plus efficace quand elle est effectuée par un tiers. Qu’est-ce que tu trouves plus convaincant : « Lisez le livre de Machin, j’ai adoré ! » ou « Lisez mon livre, il est super ! » ? 🙂 Donc, j’encourage les auteurs à se regrouper à 2, 3 ou 4 personnes qui s’apprécient et s’entendent bien, afin de mutualiser leurs compétences pour parfaire leurs ouvrages et multiplier leurs chances de succès, quitte à se partager les droits : mieux vaut être à quatre sur un best-seller que tout seul sur un flop… 😉 Enfin, c’est mon point de vue.

Il existe bien sûr un système moins formalisé d’échanges de services ou de coups de main bénévoles. Un auteur dont j’ai corrigé la saga m’a offert de mettre mes ouvrages en format ePub et prochainement sur Create Space ; un autre a entrepris sans contrepartie de réaliser mes couvertures. C’est l’une des merveilleuses vertus du milieu indé, un esprit de camaraderie qui, je l’espère, perdurera très longtemps…

Récemment, dans le cadre de mes coups de main bénévoles, j’ai accompagné « mon padawan », le jeune auteur Morgan of Glencoe, pour son premier roman Si loin du soleil. Du travail éditorial à la promotion, si bien que Morgan me présente comme son éditeur ! 😀 Cette expérience a été un vrai régal. Et elle prouve que grâce à un travail d’équipe, un roman refusé par l’édition traditionnelle dans sa version d’origine peut faire un très joli succès en autoédition.

Avec tout cela, il me reste peu de temps pour l’écriture, et c’est ce qui m’a amenée à inventer le concept d’Apéribook : des ebooks assez courts pour goûter à une ambiance ou une autre ; en fait, un assortiment de nouvelles de tailles et de genres variés, un peu comme des tapas. Cela me permet de continuer à conter des histoires sans y consacrer plusieurs mois, et les lecteurs peuvent les lire entre deux romans plus consistants, par exemple dans les transports ou dans une salle d’attente. S’ils aiment mes styles, ils peuvent ensuite passer à plus « lourd », comme tu l’as fait en goûtant à Une proie sans défense avant de te lancer dans Élie et l’Apocalypse, qui est un copieux plat de résistance ! 🙂

Enfin, je travaille aussi sur EELA, et j’essaie d’autoéditer peu à peu toutes les œuvres restées dans mes tiroirs. Tout cela représente un travail de longue haleine, mais si EELA trouve son public, je m’y consacrerai davantage : le plan de toute la saga est  rédigé, je pourrais aller assez vite.

Quels conseils donnerais-tu as un auteur qui hésite à franchir le pas de l’auto-édition ?

Avant tout, faire en sorte de ne publier qu’un livre parfaitement au point. La littérature indépendante souffre d’une réputation de médiocrité qui, hélas, est trop souvent justifiée. Récemment, une blogueuse exaspérée a dit, en gros, qu’il faut filtrer des tonnes de boue pour trouver quelques paillettes… Et il faut reconnaître que pour une perle, écrite avec talent et impeccablement présentée, il y a des milliers d’écrits qui auraient dû faire l’objet d’une relecture attentive et d’une mise en page soignée.

C’est fabuleux que grâce au numérique, il soit si facile de mettre ses écrits en ligne. Mais c’est aussi un piège, car cela incite les aspirants auteurs à le faire trop à la légère. S’autoéditer n’est pas simplement s’autopublier ; cela nécessite un travail éditorial, c’est-à-dire que le texte doit être évalué, amélioré autant que possible, corrigé, mis en forme. On ne peut pas faire n’importe quoi, sous peine non seulement de se dévaloriser, de s’attirer des commentaires souvent acerbes sur les sites de publication, mais aussi de nuire à tous ses petits camarades en contribuant à entretenir l’idée que les autoédités sont des ratés, les nuls rejetés par l’édition…

Ensuite, il faut s’entourer de conseils. Le milieu des indés est dynamique et solidaire, l’entraide y est assez courante. Je suis loin d’être la seule à corriger bénévolement les manuscrits d’autrui. Il y a des sites de bêta-lecture comme CoCyclics, et aussi des groupes facebook, comme Auteurs indépendants sur Kindle ou mon groupe Auteurs cherchent avis, chronique ou bêta-lecture, où l’on peut poser des questions et recevoir de l’aide.

Quelques mots ou conseils pour les auteurs auto-édités qui se plaignent de ne pas trouver d’éditeur ?

Je les renvoie à cet article sur mon blog : « Vouloir être édité ? Mais pourquoi, nom d’un chien ? » 😉

http://www.blog-elenbrigkoridwen-elieapocalypse.fr/2016/07/vouloir-etre-edite-mais-pourquoi-nom_98.html

Que dirais tu aux lecteurs qui considèrent encore l’auto-édition comme de la littérature bas de gamme ?

Je leur dirais qu’ils se trompent : dans l’autoédition cohabitent des nanars illisibles et de petits chefs-d’œuvre, mais évidemment, dans l’état actuel des choses il faut fouiner dans un océan de publications pour trouver des trésors. C’est pourquoi j’essaie de promouvoir l’idée d’une liste d’ouvrages de qualité qui serviraient de vitrine pour amener le grand public à la littérature indépendante.

Parlons maintenant de ta saga, Elie et l’Apocalypse (EELA pour les intimes). Comment t’est venue l’idée de te lancer dans un projet aussi ambitieux ?

J’ai rêvé cette histoire d’une traite il y a… tiens, presque 9 ans ! Dès mon réveil, j’ai décidé de m’y atteler. J’étais alitée, gravement malade, alors au départ je voulais  faire d’EELA une sorte de testament à l’intention de mes enfants : un « Ce que je crois » leur dressant un tableau du monde et résumant mes convictions. J’y parle de la tolérance, de l’empathie, du respect de la Nature et des animaux, du sens de la vie, de l’attitude face à la mort. En filigrane, s’exprime mon horreur des dogmes et plus généralement de toutes les doctrines, science incluse, qui rejettent et condamnent par principe les autres opinions, les autres angles d’approche. « La dictature des courtes vues » convaincues d’avoir raison, est un travers très répandu !… Alors que le salut du genre humain réside dans les nuances, l’ouverture d’esprit, l’acceptation que chacun peut avoir son propre regard sur le monde et s’en porter très bien, du moment que cela ne nuit à personne.

Comme je l’ai signalé dans ma chronique, c’est un roman multi-genres et multi-thèmes ; si tu devais le « vendre » à un lecteur hésitant, comment tu t’y prendrais ?

Aaah ! C’est là que l’on se dit que rien ne vaut un regard extérieur. Un auteur est souvent piètre promoteur de son propre ouvrage, il manque de recul et peine à dégager une vue d’ensemble… Surtout pour un livre aussi dense et multiforme.

Comme tu l’as remarqué dans ta chronique, la « colonne vertébrale » de la saga est une intrigue transversale de type Da Vinci Code, que l’on peut résumer ainsi :

« Le plus célèbre livre de toute l’Histoire, la Bible, renferme une « erreur » jamais divulguée.
Elle est le seul indice d’un incroyable complot, la clé d’un secret scellé depuis la nuit des Temps.
Alors que l’humanité court à sa perte, ce mystère sera-t-il enfin élucidé ?
Il peut changer la vie. Changer la mort. Sauver le monde. »

Mais EELA est un roman à plusieurs niveaux de lecture et qui aborde de nombreux sujets. Donc, sur ma page auteur, j’ai plutôt écrit :

« En créant « EELA », j’ai eu envie de dire tout ce qu’un auteur rêve d’exprimer, partager, faire découvrir. En même temps, je souhaitais que mes lecteurs rient, pleurent, tremblent sans reprendre leur souffle, à travers un grand conte fantastique plein de surprises et de rebondissements – celui-là même que j’avais rêvé de bout en bout la nuit du 4 novembre 2007. J’ai choisi d’écrire un livre abordable sous plusieurs angles, afin que chaque âge y trouve son compte, de 15 à 95 ans. Alors, bienvenue aussi dans mon univers ! Comme l’a dit une chroniqueuse littéraire, Élie et l’Apocalypse a été écrit pour VOUS. »

Mais en vérité, je préfère passer la main aux blogueurs, ces nouveaux et très précieux acteurs du monde du livre. Votre énorme travail désintéressé est vital pour les auteurs indépendants, qui bien souvent n’ont pas d’autre moyen de se faire connaître. Sur Amazon, je cite un petit florilège d’avis de blog’litt qui se sont penchés sur le tome 1 :

« Un roman très prometteur, digne des romans fantasy à succès. » (Book n’Geek)

« Elen Brig Koridwen pose des valeurs, des questions, des problématiques très humaines et on ne peut qu’en être touché. Fort, spécial et talentueux ! » (La voix du livre)

« On sort grandis de notre lecture » (Palace of Books)

« Un super roman qui est parti pour conquérir le monde ! » (Le cinéma des livres)

« Une œuvre qui ne ressemble à aucune autre » (Passion littéraire)

« Tout le monde y trouve son compte » (Lecture en blog)

« Un roman solidement construit, de lecture très agréable, où l’on ne s’ennuie jamais. Et l’omniprésence d’un humour qui n’épargne personne… » (Chapitre zéro)

« Un livre qui peut se lire à tous les âges avec un point de vue différent à chaque fois » (Manque de sommeil chroniques)

« Passé le premier chapitre on entre vite dans l’addiction… on veut savoir… on lit et on lit… Lecture, fascinante, émouvante, initiatique, envoûtante, stressante parfois, mais une lecture où l’on veut savoir la suite. » (La mélodie des crayons)

« Une vraie pépite, riche, bien écrite, palpitante, drôle, émouvante,… Un grand bravo ! » (Ma bouquinerie)

« Une saga en cours d’écriture qui gagne à être connue, car elle fera à mon avis le bonheur de beaucoup de lecteurs. » (Arieste overblog)…

On trouve dans ton roman beaucoup de références scientifiques, mystiques, symboliques… ; ça représente un gros travail de recherche et de documentation, comment procèdes-tu ?

En effet, ma culture générale n’y suffirait pas, même si la saga touche aussi à certains de mes domaines de compétence. Entre 2007 et 2009, j’ai lu de nombreux livres afin d’approfondir certains sujets, tels que l’ésotérisme.

En dehors de cela, Google est mon ami. 🙂 Je recherche des sources fiables et je recoupe toujours le plus de documents possible pour vérifier les informations ; du coup, j’ai dû ingurgiter des centaines de pages de textes parfois ardus, d’où la lenteur de rédaction du premier tome : plus de 10 000 heures de travail, rien que pour la première édition de 2012 ! Désormais, cela va plus vite.

Par précaution, je fais valider tous les éléments scientifiques par des personnes compétentes.

Tout cela au fil de l’écriture, et non pas en amont ; ce qui m’a permis en de nombreuses occasions d’étoffer mes intrigues ou d’ajouter des développements imprévus, à partir d’un élément intéressant découvert au passage.

Comment travailles-tu sur la suite d’EELA ? Tu as déjà la trame complète en tête, juste les grandes lignes ou tu es en roue libre ?

Dès le départ, j’avais une idée précise de l’histoire dans son ensemble ; j’ai peaufiné les détails au fil de mes recherches documentaires.

Le plan général a été rédigé dès le départ ; c’est indispensable dans le cas d’une saga aussi longue, avec des intrigues aussi fouillées. Comme le regretté Robert Jordan, je tiens des notes qui, s’il m’arrivait malheur, permettraient éventuellement à un autre auteur d’achever EELA.

Mais je me réserve toujours une part d’improvisation, d’une part pour que les intrigues demeurent vivantes et fécondes, d’autre part pour m’adapter au contexte géopolitique et aux avancées technologiques, deux aspects qui tiennent une grande place dans la saga.

Comme tout lecteur passionné je suis du genre impatient ; sais-tu approximativement combien de temps il te faudra pour achever ton « grand oeuvre » ?

Je fais te faire une réponse de Normand : ça dépend.

Tu emploies le mot Grand-Œuvre : EELA est effectivement mon œuvre la plus ambitieuse, celle que je tiens à achever avant de mourir. J’y travaille chaque fois que je peux, et je m’y consacrerais entièrement si, du fait de mon état de santé, je n’avais pas de si maigres revenus que chaque vente d’un autre titre compte beaucoup pour m’aider à boucler mes fins de mois. Car pour le moment, le succès d’EELA demeure confidentiel, malgré un certain buzz à sa sortie en 2012 (mais alors, j’étais éditée ; puis l’éditeur a pris sa retraite, et j’ai dû repartir de zéro en 2015).

Cette nouvelle situation a une autre conséquence. Même si je peux écrire très vite, je fonctionne beaucoup à l’enthousiasme. EELA bénéficie de quelques fidèles soutiens, mais j’aurais grand besoin d’un nouveau fan-club pour souffler sur les braises  et me maintenir dans l’action. C’est pourquoi je te suis très reconnaissante de t’intéresser à son cas ! 🙂

Pour faire patienter / baver tes lecteurs, peux-tu nous donner des indices sur la suite du parcours d’Elie ?

Oui, bien volontiers. À partir du tome 2, dont le premier volume (sur 3) L’Arbre des Mondes est déjà paru, Élie va accomplir un tour du monde à la découverte d’autres cultures, d’autres formateurs… et d’autres péripéties : Dans le tome 1 Les trois Sages elle séjournait en Bretagne ; dans le tome 2 Rendez-vous au Paradis elle sera au Sahel et en Afrique sub-saharienne ; dans le tome 3 L’Alliance, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ; dans le tome 4 Les sauveurs aux mains nues, en Asie du Sud-Est et en Océanie ; dans le tome 5 Les sept Sphères, en Extrême-Orient ; dans le tome 6 Cybervie, en Amérique centrale et aux deux Pôles ; dans le tome 7 L’Arbre d’or, en Amérique du nord ; dans le tome 8 Le marais des âmes, en Amérique du sud ; et dans le tome 9 Jugement dernier, en Europe, où l’histoire s’achève d’une façon qui, je l’espère, scotchera les lecteurs. 🙂

À chaque fois, Élie vieillit d’un nombre d’années correspondant au numéro du tome : elle a 10 ans à la fin du tome 1, 12 à la fin du tome 2, 15 à la fin du tome 3… et 54 à la fin du dernier tome. Toujours la symbolique du chiffre 9.

Après / pendant l’écriture d’EELA, as-tu déjà d’autres projets en tête ?

J’ai toujours au moins trois ou quatre projets en parallèle, ce qui me permet de varier les travaux d’écriture en fonction de mon humeur ou de ma disponibilité. Un Apéribook, c’est entre 1 et 5 jours d’écriture, donc une semaine de travail en contrepoint de mes autres activités. Je termine ou peaufine aussi d’anciens manuscrits restés dans mes tiroirs ou sur mes disques durs. Comme il faut bien subsister, j’ai depuis peu un projet plus « alimentaire », comme on dit : une idée rigolote de polar, peut-être une future série, mais  dont l’écriture ne nuirait pas trop à celle d’EELA.

Tu touches un peu à tous les genres à travers tes romans et nouvelles, as-tu un genre de prédilection ? Et a contrario un genre auquel tu ne te frotteras pas ?

Je peux difficilement parler d’un genre de prédilection, dans la mesure où la plupart de mes ouvrages sont multigenres. J’aime toucher à tout, j’ai même écrit de l’érotique et de l’horreur. 🙂 En revanche, je ne me verrais pas faire de la littérature industrielle, soigneusement dépourvue de style et bourrée de clichés – je dis bien « soigneusement », parce qu’il est prouvé que c’est la recette standard pour que cela se vende comme des petits pains.

Il en faut pour tous les goûts et je me veux tolérante, mais je suis tout de même hostile à la littérature industrielle, qui, en plus de ne pas mériter le nom de littérature, a le grave inconvénient d’abaisser peu à peu le niveau d’exigence du grand public ; lequel, du coup, boude les ouvrages plus élaborés (« normaux », quoi !) qu’il trouve trop compliqués. Il n’y a qu’à lire certaines chroniques pour comprendre le malaise…

Les fast-foods ont habitué le palais des Français à la malbouffe, bien que nous soyons un pays de haute gastronomie. De même, les fast-books rodent le lectorat à des livres minimalistes, avalés juste pour l’histoire, voire « pour se vider la tête », sans souci de qualité. Même en France, qui fut aussi un pays d’immense rayonnement culturel, cette dérive fait les choux gras de l’édition, dont le but est de vendre des produits de grande consommation : aussitôt lus, aussitôt oubliés, et au suivant !

Tout cela pour dire que je serais incapable de me forcer à écrire vite fait mal fait un livre genre 50 nuances de Grey ou Twilight, ou encore une romance style Harlequin, même si la recette est très facile à mettre en œuvre et si c’est quasiment le seul moyen de vivre de sa plume… Je ne veux certes pas dénigrer les auteurs de ces genres-là, qui ont raison, après tout, et maîtrisent souvent un savoir-faire très respectable. Seulement, ce n’est pas mon truc ! Je sais que certains lecteurs me jugeront élististe, voire arrogante, mais je persiste et signe : la facilité n’a jamais tiré personne vers le haut, et je souhaite à tout le monde de voler plutôt que de ramper. Or, si les pouvoirs absolus ont toujours aimé brûler des livres, et si aujourd’hui, l’on enterre la soif de culture avec autant de complaisance, c’est parce que le meilleur moyen de mener les gens par le bout du nez, c’est de les abrutir de divertissements creux. Alors, la romance industrielle, c’est mieux que la télé, mais guère… Je ne suis pas du tout d’accord avec les personnes qui proclament « peu importe, pourvu qu’ils lisent ! ». Je préférerais que l’on ait à cœur de nourrir ces lecteurs avec des mets de choix, qu’on les rende exigeants, compétents, pointilleux ; ils/elles ne s’en laisseraient plus conter par le premier escroc, charmeur ou politicien qui passe.

Est-ce que Elen la lectrice a les mêmes goûts que Elen l’auteure ?

Oui : les deux sont très éclectiques. Je lis et écris absolument dans tous les genres, sans aucun a priori ! Sauf quant à la qualité. Je l’avoue, je suis de plus en plus difficile, et je ferme neuf livres sur dix dès la première page : fautes, clichés, platitudes, maladresses me rebutent, il y a tant de belles œuvres que je ne pourrais pas lire en cent vies ! Quand le thème ou le ton me séduisent malgré tout, je propose parfois une réécriture bénévole. Sinon, je passe mon chemin. À force de lire (un jour, des amis se sont amusés à calculer avec moi : j’avais quelque 7 000 livres au compteur ^^), on devient tatillon.  Ou facile à contenter, au contraire, si l’on ne lit que du fast-book ! Tout lecteur est l’otage de sa bibliothèque…

Merci de m’avoir consacré un peu de ton temps. En bon gentleman, je te laisse le mot de la fin.

Merci à toi, my Lord, pour cette belle rencontre. C’est la devise d’EELA : « le hasard n’existe pas »… 😉

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11 Commentaires

Publié par le 17 septembre 2016 dans Bouquins

 

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11 réponses à “Tête à tête (virtuel) avec Elen Brig Koridwen

  1. stelphique

    17 septembre 2016 at 19:01

    Super interview!!!!;) Très intéressante!

     
    • Lord Arsenik

      17 septembre 2016 at 19:32

      Merci.
      Il faut dire que Elen est pleine de ressources 😉

       
      • Selma Bodwinger

        17 septembre 2016 at 21:59

        Super interview ! Moi aussi j’attends avec impatience la suite d’Elie et l’Apocalypse!

         
      • Lord Arsenik

        18 septembre 2016 at 14:14

        Merci. Laissons le temps au temps (et à Elen) 🙂

         
      • stelphique

        18 septembre 2016 at 04:01

        J’ai vu ça!!!;) Multi inspirée aussi!!!;)

         
  2. belette2911

    18 septembre 2016 at 22:37

    Je pense que je vais me pencher sur le roman de la dame ! Je ne lis pas d’auto édité pour plusieurs raisons, dont une est mon TAL gigantesque (le trou de la sécu, à côté, c’est rien du tout) et puis parce qu’en effet, faut faire le chercheur d’or qui passe au tamis des dizaine de pierre sans valeur avant de trouver une pépite…

    Mais puisque le Lord (Commandant ?) a ouvert le voie, je pourrais aller faire un tour sur sa concession et décider de lire l’œuvre de la dame !

    Bien que j’ai lu et apprécié le Da Vinci Code (après tout le monde), je le sais aussi truffé d’erreurs énormes et que les gens les ont prises pour paroles d’évangile et je ne voudrais plus relire un roman aussi foutarque dans ses théories du complot et du grand Secret…

    J’avais déjà discuté pour le plaisir avec des auteurs et tous le disent, l’auto édition, ça peut vite devenir le parcours du combattant parce qu’il faut tout faire sois-même, quitte à aller vendre ses livres à la FNAC, dans ses travées. Mais je sais aussi qu’il existe plusieurs écoles et que chacun prêche pour sa chapelle !

    Madame dit « mieux vaut être à quatre sur un best-seller que tout seul sur un flop » et je dirai parce que je suis une p’tite marrante « vaut mieux être seul sur un best-seller qu’à 4 sur un flop » et sur ce, je sors direct par la fenêtre !! 😀

    Merci Fred et Madame Elle pour cet interview !

     
    • Elen Brig KORIDWEN

      24 septembre 2016 at 18:38

      Bonjour Belette ! Je vous en prie, appelez-moi Elen 🙂 Merci de votre intérêt pour EELA.
      Pour répondre à votre réflexion sur Da Vinci Code, effectivement il se base sur des approximations parfois grossières, ce qui est dommage. Pour EELA, j’ai pris très à coeur de ne pas distordre les faits et de vérifier avec soin toutes les informations données. Bien sûr il y a celles auxquelles on peut adhérer ou pas, concenant les pouvoirs psychiques ou les « sciences occultes ». C’est la part « fantastique » de l’histoire ; parfois complètement fantaisiste et inventée, comme la « diffraction illusive », qui ne prétend pas être plus sérieuse que les sorts jetés dans Harry Potter.
      Il y a aussi des théories et des extrapolations. Par exemple, dans le roman, la fusion froide est opérationnelle (comme dans pas mal de romans de SF) ; mais sa mise en oeuvre dans EELA est basée sur les théories de scientifiques comme Andreï Sakharov, lesquelle sont résumées dans le roman pour être compréhensibles par des profanes. Tous les autres éléments scientifiques sont exacts et validés. Le roman ne comporte pas de contre-vérités, seulement des interprétations argumentées de façon crédible, comme par exemple la théorie du Renseignant sur ce qu’est devenue la ménorah disparue, théorie qui revisite le mythe du Graal et les légendes liées aux Templiers en s’appuyant sur des réalités historiques. De même, la fameuse « erreur » dans la Bible décrite dans le volume 4 est bien réelle ; les conclusions métaphysiques qui en seront tirées sont le fruit de mon imagination d’auteur, bien sûr, mais nous sommes dans une oeuvre de fiction… 🙂
      En tout cas, je serai enchantée d’avoir votre avis si vous vous lancez dans l’aventure !
      Amicalement,
      Elen

       
      • belette2911

        26 septembre 2016 at 22:20

        Merci Elen de m’éclairer ma lanterne !

        Pour le da Vinci, je me suis dit que tout compte fait, ce n’était pas l’auteur qui était à blâmer, il doit fourguer son produit, mais les lecteurs qui ont tout pris pour argent comptant, sans même vérifier.

        Pourtant, dans Harry Potter, tout le monde sait que le balai ne peut pas voler… mais dans la Da Vinci, ils ont tout gobé de A à Z, ce qui est grave.

        Je peux comprendre qu’on distorde la réalité pour un roman, que l’on joue avec des zones obscures, que l’on interprète et que l’on invente des trucs pour servir son récit, c’est de bonne guerre.

        Ça ne reste que des théories qu’une personne (auteur) pense, comme j’en ai lu assez bien dans des romans ésotériques parlant du Graal, des Templiers ou de la mort (résurrection) de jésus.

        Certaines théories étaient bien construites et pourraient être réalistes. Toutes celles que j’ai lues, ce qui nous fait des tas ! mdr

        Les sciences occultes, qu’on y croit ou pas, ça ne me dérange pas dans un roman tant que c’est bien amené si nous sommes dans de la littérature générale (en fantasy ou en bit-lit ou là, tout est permis).

        Mince, j’ai un TAL énorme et je sens que j’ai envie de me pencher sur votre livre. Ça va pas arranger mes affaires, des romans en plus.

        Amicalement aussi 😉
        Belette

         
      • Lord Arsenik

        27 septembre 2016 at 07:08

        Tu n’en es plus à 1000 pages près 🙂

         
      • belette2911

        30 septembre 2016 at 04:54

        Non, en effet… vu de la sorte, ma foi… PTDR

         
  3. Elen Brig Koridwen

    3 octobre 2016 at 19:06

    En ce cas, chère Belette, EELA n’attend plus que vous… 😉 Je serai enchantée de connaître vos impressions.
    Et encore merci à toi, My Lord, pour t’être fait l’ambassadeur de mon roman avec autant d’éloquence !
    Amicalement
    Elen

     

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