[BOUQUINS] Maud Mayeras – Reflex

M. Mayeras - ReflexEncore un bouquin qui doit son arrivée dans ma bibliothèque à la blogosphère, je ne connaissais pas l’auteure (dont c’est le second roman) et la couv’ ne m’attirait pas plus que ça ; je serai certainement passé à côté de Reflex de Maud Mayeras sans lui accorder un regard… C’était sans compter sur la multitude des tentateurs qui sévissent sur le Net, ils savent se montrer très persuasifs face à l’innocent et fragile lecteur que je suis !
Iris Baudry est photographe à l’identité judiciaire, elle se plonge corps et âme dans son boulot pour essayer de vivre avec la mort de son fils, assassiné onze ans plus tôt. Appelée sur une scène de crime, il lui semble reconnaître le mode opératoire de l’assassin de son fils…
Avertissement : lire ce bouquin demande une bonne dose de masochisme ! Il faut en effet aimer en prendre plein la gueule, Maud Mayeras n’économise pas les coups et sait taper là où ça fait mal. Vous sortirez de Reflex comme un pantin désarticulé, KO technique assuré !
D’un autre côté je ne peux pas dire que je n’avais pas été prévenu, le mot qui revient le plus souvent sur la blogosphère autour de ce bouquin est uppercut. Sauf que l’uppercut en question vous est prodigué par Mjöllnir¹, et qu’il reviendra souvent vous fracasser la pointe du menton.
Le bouquin nous propose de suivre deux intrigues qui, de prime abord, ne semblent pas avoir grand chose en commun (même si on se doute bien qu’il y a anguille sous roche). D’un côté on suit le parcours (et les souvenirs) d’Iris de nos jours (écrit à la première personne). De l’autre on fait la connaissance de Julie, une gamine de douze ans qui se fait violer en septembre 1919 et les conséquences que cela aura (vu de l’extérieur). Si vous découvrez le fil rouge alors là je vous tire mon chapeau !
Le rapport de la mère à l’enfant est omniprésent dans le bouquin. Qu’il s’agisse d’Iris, qui tente, tant bien que mal, de combler la mort de son fils par une totale immersion dans un boulot plutôt glauque (« Pour oublier son rire, j’ai tenté de comprendre ceux qui avaient cherché à l’effacer. Pour oublier son visage, j’en ai cherché d’autres plus abîmés. Pour oublier la douceur de sa peau, je me suis entourée de corps froids. Et pour oublier son odeur, j’ai choisi la puanteur de la mort.« ). Ou encore de la haine (et il y a de quoi la haïr cette vielle garce aigrie) qu’éprouve Iris pour sa mère (« Je n’ai jamais aimé ma mère. Cette façon qu’elle avait de vous humilier, de vous faire mal sans que jamais personne d’autre que vous ne le remarque. (…) Je l’ai détestée si fort, j’ai entretenu ma haine, je l’ai toujours bien nourrie pour qu’elle ne faiblisse pas, qu’elle ne s’éteigne pas.« ). Même dans la partie du récit qui se déroule dans le passé ce thème revient à plusieurs reprises et sous divers aspects que je vous laisse découvrir (et oui je n’envisage pas que vous puissiez avoir envie de passer votre chemin).
N’espérez pas un thriller qui dézingue du méchant (et un ou deux gentils çà et là) à tout va, on flirte d’avantage avec les normes du roman noir. C’est le style de l’auteure qui auréole ce bouquin d’une véritable aura de puissance, il vous bouffe de l’intérieur et vous en redemandez, encore et encore. Maud Mayereas aurait-elle inventé le roman succube (ou incube pour la gente féminine) ?
Si l’aspect investigation de l’intrigue n’est pas omniprésent je peux toutefois vous assurer que l’on ne s’ennuie pas une minute au fil des pages et qu’il n’y a ni longueurs, ni bla-bla inutile. Maud Mayeras va capter votre attention dès les premières pages, vous serez alors sous le charme de son écriture, entre hypnose et transe au fur et à mesure que la tension monte, jusqu’au coup de grâce final qui s’étire, faisant table rase de vos certitudes et hypothèses pour vous laisser sur le cul, la gueule figée dans un sourire béat.
Le personnage d’Iris ne fait pas vraiment penser à l’inspecteur Harry, non seulement elle n’est pas flic, mais en plus elle ne porte pas d’arme. Ajoutez à cela un léger complexe à s’exprimer lié à son bégaiement. Mais n’imaginez pas pour autant une frêle et fragile nana, elle puise sa force dans sa détermination à découvrir la vérité au sujet de la mort de son fils (ce qui l’aménera à déterrer bien d’autres secrets). Iris ne manque pas de caractère et n’aime pas grand chose (de nombreux chapitres commencent par Je n’aime pas…) mais cela ne l’empêche de dégager une incroyable humanité, du coup on s’y attache et on partage encore plus intensément ses émotions…
Un petit bémol ? Bon allez puisque vous insister. Rien à redire au niveau du bouquin à proprement parler, mille merci à Maud Mayeras pour cette lecture d’une rare intensité. En fait le bémol s’adresse plutôt aux éditions Anne Carrière qui semblent bouder le numérique, j’aurai bien vu Reflex bien au chaud dans ma liseuse.
En fin de bouquin l’auteure nous propose une bande originale, sans doute pour accompagner la lecture, même si en général je préfère lire dans ma bulle, entouré par le silence, je suis convaincu que s’il y avait eu de la musique autour de moi pendant que je lisais Reflex, je ne l’aurai pas entendue. J’ai été totalement absorbé par ce bouquin, la bulle est devenue le plus imperméable des bunkers.

¹ Mais qui est donc ce Mjöllnir ? Ou plutôt qu’est-ce donc ? Si vous avez répondu sans hésitation à cette question et sans passer par la case Google, alors vous êtes soit un passioné de mythologie nordique, soit un expert dans les super-héros de Marvel. Le rapport entre ces deux univers ? Thor et son fameux marteau à manche court, ustensile qui répond au doux nom de Mjöllnir. Comment ça je m’égare ? Et alors c’est bien un parking ici, non ?

26 réflexions au sujet de « [BOUQUINS] Maud Mayeras – Reflex »

  1. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh
    Enfin…. Enfin tu as trouvé le moment de te plonger dans ce roman inoubliable. Oui tu verras, il est inoubliable !
    Quelle magnifique billet que tu nous as pondu là mon pote ! j’en reste sans voix, tiens…
    (moi je savais pour le Mjöllnir) ;-).

      1. Diantre s’il me bouffe le neurone je vais être mal. Je me questionne pas mal sur la relation entre Iris et son père; ça me tord la p… heu non, turlupine 😀

      2. Dans l’immédiat j’ai besoin de plus de légèreté (mains non je ne vais pas suivre un régime… même si ça ne me ferait pas de mal), The Rook me semble parfait pour me remettre de mes émotions

  2. Admirable chronique, mon cher ami… Je vois que toi aussi tu as été séduit par la plume de Maud Mayeras. Ça me donnerait presque envie de (re)lire ce bouquin.
    Et pour le Mjöllnir, j’avoue humblement que j’ai attendu la fin de ton billet pour en connaître le sens… 😉

  3. AH, Ah, oui, on peut le dire un super uppercut de Thor avec son Mjöllnir ( et oui, je savais ce que c’était.. en mm temps pour moi c’est facile avec des petits enfants aux doux prénoms de Rödbjörn, Torvald et Vigdis, j’ai une de mes fils féru de Norvège et de son histoire, chez nous, on ne fête pas Nöel mais le solstice) mais bon je suis pas là pour parler de çà mais du bouquin de Maud Mayeras.
    Pour moi, c’est un certain Yvan qui m’a fait tombé dans cette lecture que j’ai lu presque d’un trait avec une belle nuit blanche que je ne regrette absolument pas…
    Une belle découverte qui laisse pantois sur la fin… c’est sûr….

  4. Mjöllnir… j’avais oublié que c’était le nom de l’outil empoigné par Thor (dit comme ça, on pourrait penser à autre chose 🙄 ).

    J’avais pensé à une marque de bière finlandaise… 😀 il est super, hein, le livre ? et impossible de trouver le fil rouge, ou alors, faut être aussi chtarbé que l’auteur (et c’est pas une insulte, j’aime les récits dans ce genre là, avec le super coup de pied dans les coui**** que je n’ai pas).

  5. Ça pour moi, c’est le meilleur roman noir que j’ai lu depuis treeees longtemps ! J’en ai pris plein la gueule et j’en suis pas encore tout à fait remise. C’est pour dire….
    Tu devrais l’essayer la bande son, elle est extra 🙂

  6. Ah qu’il est beau beau beau ce billet !!! Ah qu’il fait envie envie envie (oui je répète tout 3 fois aujourd’hui :p ) ! Et je n’ai aucune excuse car ce roman m’attend dans ma PAL depuis le début de l’été ! ❤
    En fait j'ai eu l'impression de me faire spoiler (boouuhooouuu 😥 ) en lisant un billet au début de l'été (plusieurs même) qui comparaient ce film avec 1 autre roman et 1 film (tous les 2 vu/lu) et donc j'ai comme l'impression de savoir quel twist m'attend ….alors j'ai préféré reporter ma lecture pour essayer d'oublier ce spoiler…. mais ton billet me redonne envie de plonger dans Reflex, tant pis pour les spoils ^^
    Des bisous,
    Cajou

    1. Je ne sais pas quelles ont été les comparaisons mais pour te faire deviner les multiples rebondissements qui t’attendent il faut du lourd dans le genre spoiler 😀
      A force de me retrouver sur le cul je dois avoir des bleus plein les fesses !
      Plooonge et viens te noyer avec nous.
      Bizzz

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