[BOUQUINS] David Messager – Article 122.1

D. Messager - Article 122.1Une découverte estampillé avant-première France loisirs, lue le temps d’un week-end, Article 122.1 de David Messager au programme de cette chronique du lundi matin.
Quand un corps calciné est découvert dans les catacombes le commandant Estelle Lacroix, de la PJ de Paris, devine un mode opératoire similaire à celui de Mygale, un tueur en série qui la fascine et à ce jour jamais identifié. Cependant certains faits feraient plutôt pencher pour un imitateur. Mygale est-il de retour ? S’agit-il d’un imitateur ? Si oui, ce dernier ne risque-t-il pas de faire sortir Mygale de son silence ?
Premier point à éclaircir, le titre. L’article 122-1 du Code Pénal fait référence à la responsabilité pénale en cas de trouble psychique : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »
L’auteur nous livre là un premier roman particulièrement bluffant, un thriller psychologique et psychiatrique de très haut niveau. Il faut dire David Messager (pseudo de plume) est juge d’instruction, qui plus est il a été membre d’une commission départementale des hospitalisations psychiatriques. Autant dire qu’il s’aventure sur un terrain connu, et cela se ressent au niveau de son intrigue d’une vraisemblance à couper le souffle.
Si vous voulez une nuance entre réalisme et vraisemblance je vous renvoie à une phrase de l’auteur : « Je pense que le lecteur a davantage besoin de vraisemblance que de réalisme. (…) Mais au fond, la réalité dépasse souvent la fiction. » Dans la partie coupée (…) il indique qu’un récit 100% réaliste serait chiant à mourir (heu… pas vraiment en ces termes mais j’interprète librement le fond de sa pensée).
L’intrigue nous scotche dès les premières pages et jouera habilement avec nos nerfs et nos certitudes au fil des chapitres. Un scénario machiavélique à souhait servi par des personnages tout aussi criants de vérité et sujets au doute (difficile d’appréhender avec justesse le personnage d’Estelle Lacroix… parfois sympathique, parfois hystérique. Victime, coupable ou les deux à la fois ?).
Ajoutez à cela un style simple mais efficace qui nous plonge au coeur de l’intrigue et permet une lecture parfaitement fluide ; je puis vous assurer qu’une fois plongé dans le bouquin vous aurez du mal à le lâcher. L’auteur n’a sans doute pas encore la maîtrise d’un Chattam, Grangé ou Thilliez pour nous mettre les nerfs à vif mais pour un premier roman il m’a laissé sur le cul.
Un second roman est en préparation, je ne saurai vous dire s’il est toujours au stade embryonnaire ou, à contrario, quasiment bouclé ; une chose est sure j’ai vraiment hâte de le découvrir.

[BRD] La Belle Et La Bête

La Belle Et La BêteUne pause cinéma au royaume des contes de fées pour changer un peu. Place à La Belle Et La Bête, version 2014, avec Christophe Gans aux manettes.
Est-il encore besoin de présenter l’histoire ? Belle (Léa Seydoux) se rend auprès de la Bête (Vincent Cassel) à la place de son père (André Dussolier). Au lieu de la tuer la Bête lui offre l’hospitalité mais elle a interdiction de quitter le domaine. D’abord effrayée, elle va peu à peu découvrir la vérité à propos du « monstre »…
Comme tous les contes issus de la tradition orale il est difficile d’avoir une idée précise de l’origine de cette histoire ; toutefois la première version écrite est attribuée à Suzanne de Villeneuve et date de 1740. C’est cependant la version raccourcie de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, écrite en 1757, qui s’imposera comme la référence.
Le conte a fait l’objet de nombreuses adaptations (films, dessins animés, téléfilms, comédies musicales, théâtre…). Au niveau cinéma, puisque c’est quand même l’objet de ce post, je suis resté sur la version de Jean Cocteau (1946, avec Josette Day et Jean Marais) et la version animée de Disney (1991). Présentement, le réalisateur, Christophe Gans (Crying Freeman, Le Pacte Des Loups…), a pris le parti de renouer avec le conte original de Mme de Villeneuve.
Est-ce qu’une énième adaptation s’imposait ? Au vu du résultat je n’hésiterai pas à répondre OUI. Esthétiquement le film est un vrai régal pour les yeux, le jeu des acteurs est plus que convaincant et sert une intrigue enrichie par rapport au film de Cocteau. Je ne dis pas ça pour le plaisir de dézinguer un classique de plus ; j’apprécie le film de Cocteau dans son contexte mais il a quand même pris un sacré coup de vieux à plus d’un titre. Je faisais 100% confiance à Christophe Gans pour parvenir à faire du neuf avec du vieux, le pari est totalement réussi. Le réalisateur et son équipe nous offrent un film tout bonnement enchanteur, que demander de plus d’un conte de fées ?
J’ajouterai simplement que le film devrait séduire petits et grands. La dimension féerique est bien entendue respectée, si la romance entre Belle et la Bête passe au second plan c’est pour privilégier une intrigue plus dense. Une intrigue qui va se jouer sur deux plans temporels, d’une part avec une série de flash-backs qui nous expliqueront le pourquoi du comment de la malédiction de la Bête (même si on en devine la cause rapidement), d’autre part dans le présent avec les conséquences des magouilles foireuses du frère aîné de Belle. A noter que la bande son contribue aussi à créer cette ambiance enchanteresse. Peut être pas le film de l’année mais une belle réussite tout de même.