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Archives du 12 décembre 2013

[BOUQUINS] Ian Manook – Yeruldelgger

I. Manook - YeruldelggerA la base ce roman de la rentrée littéraire n’était pas prévu dans mon Stock à Lire Numérique, mais à force de lire, çà et là, des critiques élogieuses,  dont celle de Gruz, et sachant que nous avons des goûts littéraires plus que proches, j’ai fini par craquer pour ce Yeruldelgger de Ian Manook. C’est l’occasion de poursuivre le voyage, sauf que cette fois la destination est beaucoup plus exotique puisque l’on file direct vers la Mongolie et ses steppes…
Yeruldelgger, commissaire à la crim’ d’Oulan Bator, est appelé dans les steppes alors qu’il enquêtait sur le meurtre sauvage de trois chinois. Là-bas il découvre le corps d’une fillette, un crime qui le ramenè directement vers son propre drame personnel, l’assassinat de sa fille cadette quelques années plus tôt. Au fil de son enquête Yeruldelgger et son équipe vont découvrir que les deux affaires pourraient être liées…
Vous trouvez sans doute que notre héros porte un prénom à coucher dehors, pour votre peine je vous condamne à psalmodier cent fois son nom complet : Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Au moindre raté on remet le compteur à zéro. Ah oui avec l’accent mongol svp ! Z’êtes pas prêt d’aller vous coucher bande d’ingrats.
Bon autant vous le dire tout de suite ce polar/thriller sera certainement l’un de mes coups de coeur de l’année (faut dire qu’il y en a eu pas mal cette année). Pour une première incursion dans le genre l’auteur réussit un coup de maître. Bon voilà ça c’est fait, étoffons un peu maintenant.
La première bonne surprise vient de l’incroyable profondeur des personnages. Yeruldelgger d’abord, flic brisé de l’intérieur, aussi têtu que bourru mais enquêteur hors pair (il me fait un peu penser au Harry Hole de Jo Nesbo). Ses alliées de charme et de choc, Oyun, sa collègue, et Solongo, légiste et compagne de Yeruldelgger (leur relation est assez bizarre). Mon coup de coeur va sans hésitation à Gantulga, gamin des égouts d’Oulan-Bator, un allié aussi précieux que débrouillard pour Oyun et Yeruldelgger.
La seconde bonne surprise, je devrai plutôt dire claque vient de l’intrigue elle même. Une intrigue incroyablement complexe maîtrisée du début à la fin, juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous tenir en haleine. Vraiment un polar haut de gamme, peut être pas aussi cash que du Chattam mais vous aurez tout de même le droit à quelques scènes pas piquées des hannetons.
Avec Yeruldelgger Ian Manook nous invite à découvrir une Mongolie aux multiples facettes. Oulan-Bator, la capitale, où les buildings modernes poussent aux côtés des vestiges rustiques et sans âme de l’occupation communiste. Un peuple moderne mais aussi ancré dans ses traditions nomades et chamanes. On aurait presque envie de prendre un billet d’avion pour un petit détour touristique.
L’auteur soulève aussi une question pour le moins intéressante, selon notre lieu de vie et notre culture nous n’avons pas la même vision de l’Histoire. Pour l’Occident le pire « boucher » de tous les temps est certainement Hitler alors que la seconde guerre mondiale est un épisode ignoré par la plupart des Mongols. En Mongolie les « bouchers » s’appellent plutôt Staline et Mao.
Extrait pour illustrer mon propos :
– Comment pouvons-nous ignorer l’holocauste de six millions de Juifs ? s’était-il indigné à l’époque.
– Parce que ce n’est pas notre histoire, avait répondu tristement Solongo.
– Six millions de morts, comme cela peut-il ne pas être notre histoire à nous aussi ?
– Notre histoire à nous, elle est plus proche des quatre-vingts millions de morts de Staline, et des centaines de millions de morts de Mao et des autres. L’histoire des Juifs n’est pas la nôtre. Toute leur guerre n’était pas la nôtre non plus !
Je suis convaincu que le bouquin vaudra beaucoup de son succès (plus que mérité) au Net, un auteur inconnu, un titre à coucher dehors, une couv’ pas vraiment percutante : tout était fait pour qu’il passe inaperçu (ou presque). Et bien je suis heureux de faire partie de ceux qui vont propager la bonne parole.
Pour l’anecdote j’ai découvert que la boisson traditionnelle mongole est le suutei tsaï, un thé noir au lait, salé, dans lequel ils ajoutent du beurre ou de la farine. Ca vous dit de goûter ? Moi, je passe mon tour. D’une façon générale la gastronomie mongole est très exotique, certains plats ont l’air plutôt appétissants mais pas évident de trouver les ingrédients (le boodog est à base de marmotte).
Albin Michel a réussi à convaincre l’auteur de faire de Yeruldelgger un personnage récurrent, j’ai vraiment hâte de découvrir la suite. Après tout le bouquin s’achève en laissant un gros point d’interrogation dans l’esprit des lecteurs.

 
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Publié par le 12 décembre 2013 dans Bouquins

 

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