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Archives du 11 novembre 2011

[BOUQUINS] David Vann – Sukkwan Island

Sukkwan IslandC’est après avoir écrit sur SensCritique que j’avais aimé La Route de Cormack McCarthy (malgré une prise en main poussive) qu’il m’a été conseillé par Desperados61 de lire Sukkwan Island de David Vann en me promettant « une claque à la puissance 10 » ; il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité et donc quand je l’ai aperçu en librairie, au hasard d’une errance livresque, je l’ai aussitôt ajouté à ma bibliothèque.
Jim est en pleine période de crise, professionnellement et émotionnellement tout fout le camps dans sa vie. Pour conjurer le sort et renouer avec la vraie vie il décide de s’offrir une année sabbatique sur Sukkwan Island, une île déserte et sauvage au large de l’Alaska. Il parvient à convaincre son ex-femme de le laisser partir avec leur fils Roy, 13 ans, un garçon qu’il connaît à peine et qu’il voudrait justement apprendre à connaître. Le père et le fils se font donc déposer sur l’île avec des provisions et tout le matériel de survie dont ils auront besoin assure Jim. Mais rien ne se passera comme prévu sur cette terre inhospitalière, coupés du monde (la radio ne fonctionne pas) les ennuis se succèdent et Jim s’avère totalement incapable de faire face aux problèmes…
Impossible de rester de marbre face à un roman d’une telle force et d’une telle intensité, on a envie de haïr cet homme irresponsable, incompétent et égoïste mais d’un autre côté on se demande comment l’on réagirait dans la même situation ; puis au fur et à mesure de ses erreurs on sent que l’issue ne pourra être que dramatique et c’est la haine qui reprend le dessus tandis que l’on tourne frénétiquement les pages pour découvrir quel forme prendra ce drame que l’on sait inéluctable.
Fin de la première partie et le drame survient comme on coup de poing dans le bide il nous coupe le souffle. Et dire que l’on a à peine dépassé la première moitié du bouquin ! On se prend alors à espérer que l’homme comprenne enfin que c’est lui le seul responsable et agisse en conséquence plutôt que de s’apitoyer sur son propre sort et sa vie de merde. Mais non rien n’y fait, il est irrémédiablement con !
L’auteur, David Vann, a travaillé deux ans sur ce premier roman, il nous livre une œuvre d’une incroyable noirceur, glauque et désespérante mais aussi, et c’est bien là le pire, terriblement réaliste. A ce titre le bouquin est encore plus percutant que La Route car c’est justement une histoire ancrée dans la réalité. On y retrouve le même style épuré et minimaliste même si, globalement, j’ai trouvé la lecture plus aisée.
Si La Route m’a foutu une claque alors Sukkwan Island me colle le plus puissant des uppercuts dans la tronche ; d’ailleurs à la fin de la lecture on est KO technique, il faut quelques secondes pour retrouver ses esprits… Je crois que je viens de comprendre tout le sens de l’expression un livre « coup de poing » ! A noter que le roman a reçu le Prix Médicis (qui couronne un auteur débutant) étranger 2010, bien que n’étant pas du genre à courir les prix littéraires (au contraire le bandeaux rouges autour des bouquins tendent à me faire fuir) je ne peux que saluer le choix du jury.

 
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Publié par le 11 novembre 2011 dans Bouquins