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Archives du 30 septembre 2011

[BOUQUINS] La littérature vampirique avant Dracula

VampirePour me remettre de mes émotions après la lecture de Dracula – L’Immortel j’ai décidé de me plonger dans les origines de la littérature vampirique. « Tiens il va relire le Dracula de Bram Stoker » vous dites-vous sans doute ; et bien que nenni braves gens. Dracula, paru en 1897, n’est pas l’ouvrage fondateur du genre même s’il en demeure le pilier fondamental. Avant le roman de Bram Stoker les vampires ont fait deux (courtes) apparitions littéraires remarquées, une première fois en 1819 sous la plume de John William Polidori dans une nouvelle intitulée sobrement Le Vampire, puis sous une forme féminine dans le court roman Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu en 1871. Ces deux titres (ainsi que LE Dracula de Bram Stoker) étant dans le domaine public c’est l’occasion rêvée pour les découvrir…
John William Polidori – Le Vampire (1819)
C’est Lord Byron qui est à l’origine de cette nouvelle suite à un défi lancé lors d’un weekend entre amis (écrire en une journée un récit mettant en scène un mort-vivant, c’est de ce challenge qu’est né, sous la plume de Mary Shelley, un autre classique de la littérature fantastique, Frankenstein). Byron n’étant guère inspiré sur ce coup renonça au bout de quelques pages, c’est John William Polidori, son médecin et secrétaire, qui reprit le flambeau et lui donna sa forme définitive.
Aubrey, jeune et riche orphelin, décide de parcourir le monde avec le mystérieux et ténébreux Lord Ruthven, toutefois, las de la conduite amorale de son mentor, le jeune homme s’en sépare et rejoint la Grèce où il rencontre la belle Ianthe dont il tombe peu à peu amoureux. Une nuit, la jeune femme est assassinée par un vampire, Aubrey en réchappe de justesse, blessé et fiévreux. Lord Ruthven arrive à Athènes au même moment et décide de se rendre au chevet de son ami. Mais est-ce vraiment un hasard si Lord Ruthven est lui aussi en Grèce ? Sa bienveillance soudaine ne cache-t-elle pas un terrible secret ?
Bon autant le dire tout net la nouvelle ne casse pas trois pattes à un canard, ça se lit pas trop mal mais sans plus. L’intrigue est plutôt creuse et prévisible, les personnages manquent de profondeur et l’on apprend pas grand chose sur le vampire et le vampirisme. Son seul mérite est d’avoir introduit le vampire dans la littérature, ouvrant ainsi la voie à de nombreux auteurs qui allaient s’engouffrer dans la brêche et enrichir le mythe…
Joseph Sheridan Le Fanu – Carmilla (1871)
Et parmi ces auteurs on retrouve Joseph Sheridan Le Fanu, un écrivain irlandais prolifique et reconnu dans le domaine du roman fantastique et gothique, avec Carmilla il va botter le cul au puritanisme de l’ère victorienne puisque non contente d’être une vampire, son personnage est aussi lesbienne. Par ailleurs c’est ce récit qui posera certaines des bases de ce qui restera longtemps associé au vampirisme (notamment en ce qui concerne les moyens de détruire un vampire).
Laura vit dans un château retiré avec son père et leur personnel. Quand ils se proposent d’héberger la jeune Carmilla au château en l’absence de sa mère ils sont loin de se douter que leur vie va connaître de profonds bouleversements. Laura et Carmilla deviennent rapidement amies malgré le mystère qui entoure cette dernière, mystère qu’elle se plait à entretenir tout en se montrant pleine d’attentions à l’égard de son amie. Dans le même temps un étrange mal semble décimer les jeunes filles du village voisin…
J’ai franchement été séduit par ce court roman qui, aujourd’hui encore, se lit avec beaucoup de facilité. Le personnage de Carmilla est bien plus complexe qu’il n’y parait, tourmenté entre son amour sincère pour Laura et sa condition de vampire. Enfin l’on y retrouve effectivement une ébauche de ce qui constituera le mythe vampirique. Rien d’étonnant que Bram Stoker s’en soit inspiré lorsqu’il a rédigé Dracula.
Stoker enrichira encore le mythe au point de devenir la référence absolue en matière de littérature vampirique, du moins jusqu’au récent avènement de la bit-lit (et ses vampires au coeur de guimauve) qui séduit tant la jeunesse en pleine crise hormonale… Heureusement qu’il reste certains auteurs qui nous offrent des récits novateurs avec des vampires « 100% pourris » et « 100% guimauve free » (à ce titre j’attends avec impatience l’ultime volet de La Lignée, annoncé pour la fin de l’année).

 
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Publié par le 30 septembre 2011 dans Bouquins