Quid de l’identité calédonienne ?

En préambule à ce post je tiens à préciser que je ne suis affilié à aucun parti politique ou organisation, par contre je revendique haut et fort le fait d’être viscéralement et définitivement un loyaliste de droite (pas certain que les loyalistes de gauche existent mais sait-on jamais). En fait à l’heure d’aujourd’hui je ne me reconnais dans aucun mouvement loyaliste ou supposé tel, je suis un libre penseur et un électron libre perdu dans la masse…
Ca fait déjà quelque temps que je songe à écrire ce post mais je ne sais pas trop par quel bout commencer donc je remets sans cesse à plus tard, mais comme aujourd’hui la question de l’identité calédonienne est plus que jamais d’actualité je me lance. Je ne suis pas un expert en quoi que ce soit aussi je vais me contenter d’écrire avec le coeur et les tripes (et occasionnellement les mains) au risque de déplaire à certaines personne… Et je ne m’en excuse pas d’avance si tel devait être le cas… Ni même par après soit dit en passant.

L’identité ethnique

Bin oui au risque de vous paraitre un tantinet simpliste ça demeure un des facteurs les plus évidents quand on cherche à catégoriser une population. J’aurai aimé avoir les résultats définitifs du recensement de 2009 pour vous donner des chiffres à jour mais malheureusement l’ISEE n’a pas encore terminé son travail d’exploitation des résultats (soit dit en passant je ne leur lance pas la pierre, ça doit être un travail de titan) donc on se passera de données purement statistiques.
La Nouvelle-Calédonie est un véritable melting-pot au niveau ethnique et c’est aussi ce qui fait son charme mais pour mon raisonnement je ne prendrais en compte que les 3 principaux blocs ethniques (non que je considère les autres comme quantité négligeable, ils ont autant de légitimité que n’importe qui vivant sur le Territoire) :
– Les mélanésiens
– Les calédoniens de souche
– Les métropolitains résidents permanents
Quand je suis arrivé ici au début des années 80 chacune de ces communautés pouvait être désignée par les autres par un terme considéré comme péjoratif :
– ainsi le mot canaques désignait les mélanésiens (pour info c’est même une insulte utilisée par le personnage du Capitaine Haddock, le comparse de Tintin)
– les calédoniens de souche étaient traités de caldoches quand on voulait les rabaisser
– en fin le terme zoreille faisait bien comprendre aux métropolitains qu’ils n’avaient pas leur place ici
Aujourd’hui ces trois termes sont utilisés couramment sans le moindre caractère injurieux (désormais le mot canaque est orthographié kanak afin de coller au terme d’origine) mais concrètement pour ma part j’estime qu’aucun de nous ne peut se prétendre plus calédonien que les autres. Pour ma part je suis fier d’être un zoreille de naissance et plus encore de me considérer comme un calédonien de coeur et d’adoption. Si l’on veut vivre ensemble il faut apprendre à s’accepter et à accepter l’autre…

L’identité politique

Je ne vais pas vous parler ici d’appartenance (ou même de sympathie) à un parti ou groupe politique mais en Nouvelle-Calédonie il est normalement aisé de se positionner comme loyaliste ou comme indépendantiste… Mais non il en est certain qui vous diront qu’ils ne sont ni indépendantistes, ni loyalistes… Heu… Vous êtes quoi alors ? Sans opinion ? M’enfoutistes ? Que nenni la réponse classe en ce moment c’est de se proclamer autonomiste ! Grattage de tête… Activation des neurones… Regard perplexe… Réponse : « donc vous êtes plutôt loyalistes ». Et de nouveau un repli vers la notion d’autonomie !
Soit dit en passant être autonomiste ici ne veut strictement rien dire vu que depuis les Accords de Nouméa nous allons vers une autonomie de plus en plus large, donc quelque part tous les calédoniens sont autonomistes… Que cela leur plaise ou non ! Concrètement que vous souhaitiez une autonomie plus ou moins élargie ne change rien au fait que vous souhaitez aussi rester sous tutelle de la France… Donc vous êtes loyalistes ! CQFD… Et là c’est l’autre qui passe en phase grattage de tête… « Ah bin oui… Un peu… »

Sur ce je suis donc autonomiste plus ou moins contraint et forcé mais toujours 100% loyaliste… Pour l’indépendantiste je suppose que l’autonomie est perçue comme une marche vers l’indépendance… Ce qui fait qu’au final nous aurons toujours ce clivage entre loyalistes et indépendantistes ! Pour ma part je ne crois pas à une sortie des Accords de Nouméa sans un référendum net et clair sur la question, toute autre démarche ne serait que de la poudre aux yeux… Mais comme nos leaders politiques sont de véritables marchands de sable il ne faudra pas s’étonner qu’ils essayent, une fois de plus de nous endormir avec des boniments.

Les signes identitaires

Ce que disent les Accords de Nouméa (adoptés par référendum par plus de 72% des votants) : « Des signes identitaires du pays, nom, drapeau, hymne, devise, graphismes des billets de banque devront être recherchés en commun pour exprimer l’identité kanak et le futur partagé entre tous. La loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie prévoira la possibilité de changer ce nom, par « loi du pays » adoptée à la majorité qualifiée. Une mention du nom du pays pourra être apposée sur les documents d’identité, comme signe de citoyenneté. »

Aucune ambigüité possible à la lecture du texte c’est bel et bien en commun que ces fameux signes identitaires devront être recherchés (d’où le terme destin commun) ; seulement voilà concrètement on ne peut pas y aller chacun de sa proposition sinon je vous laisse un peu imaginer le bordel… Déjà que le chantier est lourd inutile d’en rajouter une couche. Donc comment on fait ?
Je vois déjà certains idéalistes qui se pensant plus futés que les autres suggèrent un référendum… Bin oui mais non, par définition un référendum permet de répondre par Oui ou par Non à une proposition ; le but étant que seules deux options soient proposées aux électeurs afin que celle ayant recueillie plus de la moitié des suffrages exprimés puisse être adoptée de façon légitime. Hors la question des signes identitaires ne peut se résumer à une réponse binaire (les Accords de Nouméa ayant été largement approuvés par la population la question d’accepter ou nom ma notion de signes identitaires ne se pose plus).
C’est donc pour cela que le Comité de Pilotage sur les Signes Identitaires du Pays (CPSIP) a été instauré en avril 2007, comité composé de 25 personnes de divers horizons politiques, religieux et professionnels sensées être représentatives de la population calédonienne et chargé de définir les modalités des concours lancés auprès des artistes locaux pour trois des cinq signes identitaires (l’hymne, la devise et le graphisme des billets de banque) et de débattre sur les deux autres signes (drapeau et nom du territoire), plus sensibles à établir.
C’est ainsi qu’une devise « Terre de paroles, terre de partage » et un hymne « Soyons unis, devenons frères » (paroles visibles sur le site de la Chorale Melodia) ont été retenus… Que l’on soit pour ou contre (pour ma part je trouve l’hymne un peu nunuche mais ça n’engage que moi) la démarche a au moins le mérite de s’inscrire dans le cadre des Accords de Nouméa.

C’est après que les choses se corsent… Au mois de mars Pierre Frogier (chef de file du RUMP) sort de son habituelle léthargie pour proposer, sans même avoir consulté sa base, que le drapeau du FLNKS (et non drapeau kanak comme certains se plaisent à le répéter) soit hissé aux côtés du drapeau tricolore… En attendant de se mettre d’accord sur un drapeau commun ! Et le pire c’est qu’il veut faire passer ça pour un scoop !
La proposition en soi ne me choque pas outre mesure (la cohabitation des couleurs en Province Nord a été légitimée par Michel Rocard en 1988) mais j’estime qu’il était inutile (et même dangereux) de l’instituer par un vote au Congrès (vote n’ayant aucune valeur juridique soit dit en passant… encore de la poudre aux yeux). C’est du temporaire me direz-vous ? Si vous y croyez vraiment c’est que vous êtes soit un doux rêveur soit d’une bêtise incommensurable ! Maintenant que ce drapeau a obtenu une reconnaissance institutionnelle qui va se risquer à le baisser ? Même si un jour on trouve (ce que j’espère de tout cœur) un véritable drapeau commun, fédérant la Calédonie et non la divisant, il ne pourra que cohabiter avec le drapeau français et le drapeau indépendantiste… Trois bannières pour un si petit pays ! En tant que collectivité française le drapeau Bleu Blanc Rouge se doit de flotter dans le ciel calédonien, l’hypothétique drapeau commun aurait alors été le symbole d’une Calédonie réconciliée avec son passé, mais la présence du drapeau du FLNKS aux côté des deux autres restera une écharde dans l’unité calédonienne.
Le pire c’est que le même genre de connerie commence à faire surface concernant le nom du pays, on entend des propositions du style Kanaky-Nouvelle-Calédonie… Bien les gars vous avez tout compris à l’esprit et à la lettre des Accords de Nouméa ; le but n’est pas de mettre en exergue des opposés mais de trouver des signes fédérateurs. Sinon comme hymne je vous propose « Terre de paroles, terre de partage, terre de liberté, d’égalité et de fraternité » ; et comme hymne qu’est ce que vous diriez des couplets de La Marseillaise entrecoupés par le refrain de « Soyons unis, devenons frères » ? Ridicule me direz-vous… Oh que oui mais pas plus que vos pseudos idées de génie !

Pour en finir avec cette histoire de drapeau le RUMP a mis les bouchées doubles pour faire de ce double lever des couleurs un événement ultra médiatisé ; aujourd’hui c’est François Fillon qui débarque pour hisser officiellement les deux drapeaux dans la cour du Haut Commissariat… Rien que ça !
Bien que ne partageant pas du tout les idées de Paul Néaoutyne (chef de file du Palika) j’ai beaucoup aimé sa dernière conférence de presse au cours de laquelle il rappelle justement que le drapeau du FLNKS était légitime depuis 1988 et donc que Pierre Frogier n’a rien inventé (« lever les deux drapeaux ce n’est pas une nouveauté ». D’autre part il s’amuse de la « nécessité » de la visite du premier ministre pour hisser les couleurs indépendantistes aux côtés du drapeau tricolore, se proposant de venir lui-même lever les couleurs si le drapeau est trop lourd pour certains.

Il faut savoir que du temps du RPCR de Jacques Lafleur le leader maximo du parti a toujours avoué, à mots plus ou moins couverts, qu’il préférait s’entourer d’imbéciles afin de ne pas être menacé par son propre camps. Il aura fallu le temps (plus de 25 ans) mais sa stratégie finira par lui péter à la gueule, en contrepartie désormais le RUMP (ex Rassemblement, ex RPCR) se retrouve dirigé par les fameux imbéciles et ça se voit !

Quid du destin commun ?

Si la notion peut paraître utopique j’ai pourtant encore envie d’y croire mais pour y parvenir il faut que chacun y mette du sien et que nous ayons de véritables leaders et non des couilles molles et des rampants. Il va falloir faire des concessions pour y arriver mais il faut que les concessions soient faites par les deux parties alors que depuis quelques temps ce sont nous, loyalistes, qui nous prenons la carotte dans le fion… Et le pire c’est que ces enculades à répétition sont l’œuvre de leaders loyalistes, l’Avenir Ensemble avait ouvert la marche en 2006 avec le gel du corps électoral, aujourd’hui le RUMP nous l’enfile encore un peu plus profond !
A destin commun, concessions communes… Si l’une des parties se sent menacée par l’autre alors nous allons droit dans le mur et ce serait franchement dommage de louper le coche en laissant échapper cette formidable opportunité qui nous est donnée de construire un pays.

Quel drapeau pour la NC ?D’autres propositions de drapeau à découvrir ici.