Réflexions sur le Camp-Est

Camp-EstJ’ai hésité à pondre un billet consacré à la libération de Gérard Jodar suite au jugement de la Cour d’Appel de Nouméa mais finalement je me servirai de ce non-événement pour vous causer du Camp-Est (notre unique centre pénitentiaire local) qui est au centre des débats plutôt que pour déverser mon fiel sur un homme que je méprise au plus haut point.
Il y a déjà quelques temps Amnesty International avait dénoncé les conditions de détention dans les prisons françaises en général, si l’on considère, à en croire diverses sources, que le Camp-Est se hisse au sommet du palmarès des établissements les plus contestés il serait peut être temps de lui donner un sérieux coup de jeune plutôt que de se contenter de travaux superficiels juste pour donner le change. Je ne vous causerai pas de la délégation parlementaire menée par José Bové venue visiter leur pote, l’Affreux Jojo, et ayant vivement dénoncé la situation au Camp-Est après leur passage ; non que je remette en cause leurs conclusions (ils décernent tout de même au Camp-Est « la palme de la prison la plus pourrie de la République« ) mais disons plutôt que ladite délégation pourrait (fort justement) être soupçonnée de manquer d’objectivité. Du coup je vais me rabattre sur les conclusions de l’Observatoire International des Prisons (OIP) dont la section française défini le Camp-Est comme étant « le reflet de ce qu’il y a de pire en matière de détention » et de conclure que cette prison est « contraire à la dignité humaine« . Situation d’ailleurs reconnue par Michèle Alliot-Marie dans une récente interview accordée aux journal Les Nouvelles Calédoniennes (lire l’article).
Je suis loin d’être partisan de traiter les détenus comme dans un palace mais je pense qu’il y a quand même un minimum à respecter. Il est évident que le fait d’entasser 6 détenus dans des cellules de 13 m² est fortement insalubre (plus encore sous les Tropiques où la chaleur devient un élément aggravant). Idem pour les conditions de sécurité, avec 45 gardiens pour plus de 400 détenus il ne faut pas espérer de miracle ! Je ne vais pas vous dresser une liste exhaustive des griefs retenus contre l’établissement, pour vous faire une idée de la chose je vous invite à consulter l’article paru dans Les Nouvelles Calédoniennes le 11 décembre 2009 (lire l’article). Je trouve juste dommage qu’il ait fallu que Jodar passe de l’autre côté pour qu’enfin il y ait une prise de conscience d’un état de fait qui ne date pourtant pas d’hier mais est bel et bien le résultat d’une situation qui s’est dégradée au fil des années dans une indifférence plus ou moins générale.
Notre chère prison détient un autre triste record national, en douze mois ce sont pas moins de 20 détenus qui se sont fait la malle ; pas d’évasion spectaculaire à grand renfort d’hélicoptère ou d’arme lourde, non ils ont simplement fait un trou dans le mur avec des outils rudimentaires (cuillère, manche à balai) ou tout simplement à coups de pied (il faut dire aussi que les locaux datent pour certains de l’époque du Bagne donc forcément ils ne sont plus de première fraicheur).
Devant cette avalanche de critiques les autorités locales et nationales nous promettent travaux et réformes qui devraient améliorer le quotidien des détenus et des gardiens, reste à savoir si ces promesses seront suivies d’effets ou si elles seront oubliées dès que les choses se seront tassées. En tout cas à sa sortie notre Affreux Jojo a déclaré que le Camp-Est serait le cheval de bataille de l’USTKE, ça me fait mal au cul de dire ça mais j’encourage vivement Jojo et ses sbires à rester vigilants sur ce dossier.
Un dernier mot sur la libération de Jodar avant de clore ce billet, pour le moment il est remis en liberté dans l’attente des conclusions de son pourvoi en cassation (verdict attendu en mars/avril 2010), si cette juridiction devait rejeter ledit pourvoi alors notre Affreux Jojo sera cordialement invité à purger la fin de sa peine à l’ombre du Camp-Est… Affaire à suivre donc.

PS : vous noterez l’exploit j’ai réussi à pondre un billet sur Jodar sans le traiter de tous les noms d’oiseaux… Mais je n’en pense pas moins rassurez vous !