La lettre de Ronald

Une fois n’est pas coutume je vous communique un mail que j’ai reçu ces derniers jours et qui circule actuellement en Nouvelle-Calédonie. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que tous les faits relatés sont scrupuleusement exacts (et j’ai la flemme de faire les recherches) mais ce mail traduit bien le sentiment de malaise qui grandit à Nouméa. Il serait peut être temps que les autorités se sortent les doigts du cul pour (re)prendre les choses en main avant qu’un drame ne mette le feu aux poudres…

Mon cher cousin,

Les routes australiennes, même celles du bush, sont certainement plus sûres que notre centre ville. Tu ne vas pas me croire !

Le samedi 19 au soir, Place des Cocotiers, un petit Européen retournait à sa voiture. Au moment où il allait ouvrir la portière de sa Clio, un  Mélanésien  lui a arraché sa clé de contact et l’a balancée à un groupe de copains qui attendaient sur le trottoir. Ceux-ci ont aussitôt cerné la voiture et ont embarqué le petit mec qui s’est retrouvé sur la banquette arrière de sa Renault entre deux armoires à glace aux visages aussi sympathiques que des Pitbulls.
Et le gymkhana dans les rues de Nouméa a commencé. 130 à l’heure de squat en squat avec la caisse et son propriétaire comme trophées. Le jeune homme a finalement été abandonné dans une rue sombre et sa voiture dans un sale état sur la route du Trianon. Le pauvre gars a quelques difficultés à surmonter l’épreuve aussi bien psychiquement que matériellement.
Après le rapt d’un employé de EEC et une  balade forcée dans le sud qui aurait pu se terminer tragiquement, voici celui d’un jeune homme en plein centre ville. Lui aussi en restera marqué toute sa vie. Kidnapper les conducteurs européens et bousiller leurs bagnoles semble être la nouvelle distraction à la mode de nos squatteurs. Demain ce sera peut-être une conductrice européenne qui sera enlevée et sa tournée des squats risque d’être encore beaucoup plus périlleuse que celle d’un homme. Tu vois ce que je veux dire, mon cher cousin.

Parfois je me demande si au-delà de la délinquance qui, à Nouméa, grimpe plus vite que le réchauffement climatique, il n’y a pas dans tout ça des manoeuvres pour soumettre la ville.
« La révolution viendra des squatters à Nouméa. Ils sont intra-muros, ils sont dans les murs. Avant, c’était difficile quand on était dehors. Mais maintenant qu’on est dans la ville… » a déclaré un indépendantiste au journal Le Monde
(édition du 5 décembre 2009, article intitulé : Les squats du Grand Nouméa, un phénomène urbain original).

Mais j’ai l’esprit mal tourné, tu le sais. De toute manière, délinquance ou acte prémédité, nous n’avons plus guère le droit de réagir. Je te raconte.

Une de ces dernières nuit, les chiens de mon voisin se mettent à gueuler. Il les lâche dans le jardin. Une ombre se carapate, une autre se fait coincer contre le mur qui protège la baraque. Mon voisin s’approche, l’ombre a une bombe de peinture à la main. Un créateur, tu sais un de ceux qui salopent systématiquement notre ville et qu’un vieux ministre socialiste décorait comme des artistes.
Quand notre voisin se retourne, il découvre l’œuvre du graffiteur. Sa piaule est magnifiquement décorée de signes cabalistiques. Il fait mettre l’ado en slibard et utilise à son tour la bombe pour faire du body art sur le tagueur. Il se prépare à passer au tribunal pour atteinte à la dignité humaine. Les parents du petit merdeux ont porté plainte au lieu de lui coller une bonne paire de baffes.

Au tribunal, il sera peut-être à côté d’un locataire de l’immeuble à côté de chez nous. Il rentrait chez lui avec sa copine quand il a entendu du bruit dans son appartement. Surprise ! Une ombre dans la cuisine. Il allume et s’explique avec l’intrus. Une solide correction, bien de chez nous. Lui aussi s’apprête à prendre le chemin du tribunal. Le voleur a porté plainte pour coups et blessures.

Ces deux-là n’ont pas compris qu’il ne faut pas mettre la main à la pâte mais téléphoner à la police. Comme en Métropole où tout se passe si bien !

Maintenant on nous demande de faire du renseignement à la place des forces de l’ordre, sauf que ceux qui suivent ces consignes ont vraiment l’impression d’un gros foutage de gueule.
Ainsi la nuit du réveillon, il n’y avait sur Nouméa qu’un fourgon de la Nationale avec trois personnes à bord et autant dans un fourgon de la Municipale. Un peu maigre pour que l’ordre règne à Nouméa-City. Tu pouvais toujours téléphoner quand il y avait le bordel devant chez toi comme ce Nouméen qui, à trois heures du matin, a vu les choses dégénérées à Magenta Plage sans qu’aucun gyrophare ne vienne trouer la nuit malgré ses appels.
Sachant peut-être les faibles effectifs de police disponibles, les ombres se sont acharnées sur notre quartier de Magenta Ouémo, visitant les parkings des immeubles, brisant les vitres des bagnoles pour récupérer ce qui pouvait l’être, surtout les autoradios. Et à Tina, un jeune homme de 17 ans qui ramenait des amis a vu le pare-brise de sa voiturette exploser suite à un caillassage en règle devant le foyer vietnamien.

Chaque fois, mon cher cousin, il n’y a bien sûr aucun lien de cause à effet avec les squats qui prolifèrent. Squats dans lesquels, les fourgonnettes municipales servent le weekend de véhicules vide-ordures. J’ai pu voir devant le squat du soleil, les occupants d’un véhicule municipal après une tournée dans cette résidence les pieds dans l’eau, déposer des sacs de déchets au bord de la route.
Maintenant l’endroit sert de dépotoir aux squatters. Mais comme le dit Karembeu dans le dernier numéro de Géo : « Les Canaques ont toujours été très écolos ». Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’état de la mangrove devant le squat en question.

J’ai bien apprécié ta description des news sur Channel 7 à Brisbane. Surtout l’histoire de cette ado picolant avec son boy friend et qui, prise d’une envie pressante, s’est soulagée dans Anzac Square, l’équivalent de notre square Olry à nous, dis-tu. Exploit qui lui a valu 150 $ d’amende et sa sortie du tribunal en pleurs filmée par la télévision. Si nous en faisions autant ici, il faudrait que RFO passe son journal du soir d’un quart d’heure à trois heures !

Bientôt tu seras dans le désert. Prends soin de toi. Pour nous ça devient de plus en plus difficile. Nous naviguons entre l’écœurement, l’abattement et la révolte. Qui l’emportera ?
Avons-nous encore le minimum de volonté pour nous opposer à l’insécurité, qui n’est pas, crois-moi, seulement un sentiment à Nouméa ?

Ton cousin Ronald de Katiramona.

Mano Solo (24 avril 1963 – 10 janvier 2010)

Mano SoloC’est en écoutant les infos hier soir que j’ai appris la mort de Mano Solo ; je ne dirai pas que la nouvelle m’a surpris étant donné qu’il luttait depuis plus de 25 ans contre le SIDA et était en soins intensifs depuis novembre 2009 mais il n’en reste pas moins que la nouvelle m’attriste.
J’ai découvert Mano Solo à l’occasion de la sortie de son premier album (La Marmaille Nue) et j’ai tout de suite accroché aux textes et à la voix de ce chanteur, véritable écorché vif alors qu’il n’était à l’époque « que » séropositif. Il y chante sa vie, ses dérives et sa maladie sans détours et sans faux-semblants du coup forcément les textes sont bruts de décoffrage. Son second album (Les Années Sombres) parait deux ans plus tard, alors que le chanteur est désormais atteint du SIDA ; on y retrouve les mêmes ingrédients qui ont fait le succès du premier opus : le même désespoir, la même noirceur mais aussi la même envie de vivre.
Je dois avouer que j’ai moins adhéré aux albums suivants ; si l’artiste semble plus serein il s’y fait plus engagé et comme sa sensibilité est diamétralement opposée à la mienne forcément le courant ne passe pas toujours. Mais il n’en reste pas moins que je voulais rendre hommage par ce post à un grand artiste injustement méconnu. Je dis artiste et non chanteur car il était aussi peintre (toutes les jaquettes de ses albums sont dessinées par ses soins), photographe et même romancier. Repose en paix l’artiste, où que tu sois j’espère que tu as enfin trouvé la paix justement.

[DVD] Max Payne

Max PayneNotre pause DVD du week-end se fera devant Max Payne, c’est John Moore qui se colle à la réalisation de ce film adapté du jeu vidéo du même nom.
Comme d’hab commençons par un petit détour vers le scénario. Un flic, hanté par l’assassinat de sa famille (Mark Wahlberg), est bien décidé à se venger et à punir les responsables, son périple va l’entrainer dans les bas-fonds d’un New-York ravagé par la drogue tandis qu’une vague de crimes ensanglante la ville. Mais il est loin de se douter de la sinistre vérité qui l’attend…
Certes résumé de la sorte ça peut paraitre à la fois classique et simpliste mais il faut savoir que le film n’a pas la prétention de se proclamer « film d’auteur » on joue assurément dans le registre divertissement et action ; et en la matière le réalisateur maîtrise son sujet et finalement le scénario peut même s’avérer plus riche qu’il n’y parait.
J’avais beaucoup aimé le jeu vidéo à l’époque (2001) alors que généralement je ne suis pas très porté sur les FPS (jeux de tir à la première personne), mais le scénario riche en rebondissements aidait largement à accepter l’aspect bourrin du jeu. Que dire de cette adaptation pour le cinéma ? On pouvait craindre le pire tant les films inspirés de jeux vidéo sont généralement quelconques (Silent Hill, Wing Commander…) pour ne pas dire médiocre (Resident Evil, Doom…) mais parfois aussi on a le droit à de bonnes surprises (Hitman). Finalement Max Payne tire plutôt bien son épingle du jeu, le scénario reste relativement fidèle au jeu même s’il n’en explore pas toutes les facettes (le tout-puissant cartel qui assure la distribution de la drogue est à peine évoqué, idem pour ses relations avec les producteurs), les quelques différences entre le film et son modèle ne nuisent pas à la cohérence de l’ensemble. L’ambiance glauque de la ville est bien rendue et l’action omniprésente renforce le sentiment d’immersion pour ceux qui ont connu le jeu vidéo. Je ne sais pas si la fin non aboutie du film (pour le moment seuls les seconds couteaux responsables du meurtre ont été éliminés mais les commanditaires sont toujours impunis) est volontaire (dans l’attente d’une suite) ou s’il nous faudra nous contenter de ça…
En tout cas une chose est sure les scénaristes en mal d’imagination s’inspirent de plus en plus des jeux vidéos pour nous livrer leurs adaptations sur grand écran à en juger par les films annoncés dans les prochains mois : Prince of Persia, Blood Rayne, Halo… Espérons que la qualité sera au rendez-vous.